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Une page se tourne : le dernier édito de Pascal Bacoux

Retraite Pascal Bacoux La Pêche et les poissons rédacteur en chef

Si ce flotteur pouvait parler, il nous raconterait bien des secrets...

Crédit photo Elsa Bacoux

Notre rédacteur en chef depuis 2000, Pascal, Bacoux, prend sa retraite. Il vous a accompagné durant 266 numéros... Son édito est à retrouver dans le n°931 du mois de décembre 2022 (sortie le jeudi 24 novembre), nous vous le livrons ci-dessous. Il s'intitule "Du rêve et du renseignement"

En juin 1992, La Pêche et les poissons, mon magazine de cœur depuis des années déjà, publiait mon tout premier papier, consacré à la fabrication des wagglers. Un peu plus de trente années plus tard, me voilà sur mon ordinateur –ému, comment ne pas l’être ?–, tentant de retracer dans ce 266e et ultime édito, ces années qui m’ont vu consacrer l’essentiel de mon énergie à remplir chaque mois les pages de ce foutu magazine, devenu entre temps (presque) toute ma vie. De ces trente années, je retiens surtout ce qui à mes yeux fait l’incomparable sel de toute aventure humaine : les rencontres. Les grandes, les belles, les futiles, les inoubliables… Les bonnes et les moins bonnes aussi, il y en eut quelques-unes, pourquoi en eût-il été autrement ? Au moment où sonne l’heure d’une retraite dont je suis sans doute le plus mal placé pour en juger le mérite, impossible de raconter cette histoire, en tout cas son origine, sans évoquer Daniel Maury, sans qui rien n’eût jamais été. Ce cher Daniel –rencontré quelques années plus tôt par la grâce d’un vieil ami commun, Alain Préaux– qui me commanda ce premier papier et dont j’attendis alors fébrilement le verdict. Sans rien m’en dire, ni sur la forme ni sur le fond –« Prépare le deuxième ! » fut son seul commentaire–, il me signifiait en fait tout ce que j’avais envie d’entendre. Daniel, par la suite, ne cessa de me donner des conseils –« Sois curieux, mon gars !»– et de m’entourer d’une affection presque paternelle mais sans concession, aussi exigeante que goguenarde. Disparu bien trop tôt, il n’a cessé depuis de me manquer.

Albi

Comment ne pas convoquer aussi la mémoire d’Henri Limouzin, autre monstre sacré du magazine, qui quelques mois plus tard, au salon d’Albi, me gratifia d’un «Bienvenu dans l’équipe, mon gaillard !» que j’accueillis comme une manière de compliment. C’est la tragédie du temps qui passe de nous enlever sans pitié certains parmi ceux que l’on aurait pu accompagner encore longtemps au bord de l’eau. Daniel, Henri mais aussi ces deux magnifiques pêcheurs et êtres humains qu’étaient Patrice Tison et Philippe Sempeski… À chacun d’eux, j’ai tenu à rendre hommage dans nos colonnes, comme je le fis pour Thierry Cloux, passé par La Pêche et les poissons lui aussi, mais qui longtemps pilota Le Pêcheur de France, son concurrent direct. Malgré cela, Thierry ne céda jamais à la tentation - l'eût-il d'ailleurs jamais éprouvée ? - de transformer cette concurrence en, médiocre hostilité. Certains "confrères" n'eurent pas toujours cette élégance. Thierry ira même jusqu'à faciliter le rapprochement de nos deux magazines au sein d'un même groupe de presse. 

L'Armançon et le Loing

Quand je parle d'une histoire vieille de trente ans, en fait, je pourrais remonter bien plus loin, jusque dans mon enfance, quand je découvris la pêche. C’est mon cher papa, auquel je pense aussi beaucoup ce soir avec émotion, qui m’invita à le suivre, au début des années 1960, sur les bords de l’Armançon d’abord, près de Cheny. Puis ce furent ceux du Loing et du canal du même nom, autour de Nemours, un peu plus tard. Je revois encore ce mince flotteur frétillant, plongeant, remontant, tremblant, semblant hésiter puis disparaissant d’un coup d’un seul dans cet abîme mystérieux ! Gardon ? Ablette ? Ce poisson-là, il est probable que je l’ai manqué mais l’éclair qui me vrilla alors le cœur et le cerveau y laissa une cicatrice aussi douce qu’indélébile. Avec le temps, mon père s’était un peu éloigné de la pêche, accaparé par ses grandes passions que furent la montagne, la peinture et la photographie, dont il fit un temps son métier. Mais quand la pêche devint le mien, je parvins sans difficulté à le ramener au bord de l’eau pour de longues et belles sorties sur la Siagne et à Saint-Cassien. À la fin des années 1980, j’eus comme une seconde révélation halieutique en découvrant la pêche de compétition, avec un succès certes mitigé mais une ferveur bien réelle. Je suis certain que mes vieux copains du CSP Asnières –François Raizin, Yves Tordjeman, Éric Fuhrich, Michel Étourneau– n’ont pas oublié nos joyeuses réunions du mardi soir chez le grand Dijols ! La Pêche et les poissons suivait déjà ces compétitions que Daniel Maury, qui avait tant œuvré pour faire découvrir la pêche à l’anglaise en France, adorait. À cette époque, l’arrivée dans la rédaction de Nicolas Béroud, à qui je dois aussi beaucoup, n’avait fait que renforcer ce tropisme. Dans les années qui suivirent, j’eus ainsi la chance de côtoyer des pêcheurs au talent exceptionnel. J’ai conservé pour certains, parce qu’ils sont bien plus que de grands compétiteurs, un immense respect. Impossible donc de ne pas saluer Jean-Pierre Fougeat, double champion du monde insaisissable, silencieux autant que talentueux, et Jean Desqué, son antithèse, génial bavard, sans doute privé par le mauvais sort du beau titre individuel, national ou international, qu’il méritait. Je salue aussi l’immense Bob Nudd qui, en septembre 1999, au bord du canal de Castrejon, près de Tolède, m’offrit le flotteur avec lequel il venait de gagner son quatrième titre mondial. Un 8 g Colmic qui trône depuis vingt-trois ans sur mon bureau ! Une mention spéciale aussi pour Peter Drennan qui, comme Jean Desqué, mit toute son intelligence et sa créativité au service des pêcheurs et d’une formidable réussite industrielle personnelle. À cet amateur et fin connaisseur des vins français, je dus pourtant un jour convoyer jusqu’à Oxford, à l’occasion d’un reportage, une bouteille de sancerre rouge pour lui prouver, puisqu’il refusait de l’admettre, que l’appellation ne produisait pas que du vin blanc !

Les amis

Dans cette improbable cohorte croisée au fil du temps figurent aussi quelques personnages singuliers qui m’ont toujours témoigné une amitié que je leur rends bien. Ils s’appellent Yvan Drachkovitch, Jean-Michel Carlier, qui fut longtemps mon fournisseur exclusif d’asticots, Pascal Brissaud, cuisinier hors pair et hôte exceptionnel, Olivier Plasseraud, Pascal Lehérissier, Franck Rosmann, Olivier Bernasson, Patrick Guillotte, Pierre Pommeret. Je pense aussi à Michel Naudeau, qui participa, mais à sa manière, plus élégante et plus discrète que certain, à la grande épopée du mort-manié. Et que dire de ce vieux bandit de Willy Beauventre et de son «inimitôble ac’chent ch’ti», qui m’avait tant ému avec le récit qu’il me fit d’une période douloureuse de sa vie, dans le Paris-Montréal où nous venions de faire connaissance ? Je voudrais enfin citer mes amis américains Cajun Phil, Keeton Eoff, et irlandais, Audrey et Alan Kells, si loin et si proches à la fois. Dans le petit cercle fermé des fabricants, quand on sait combien les rapports annonceur-rédaction peuvent être parfois compliqués, j’ai pu nouer aussi des relations saines et dénuées d’ambiguïté avec certains professionnels (pas tous…) qui comprenaient, sans forcément les partager, les orientations de notre ligne éditoriale. Je sais gré à Francis Coutou, disparu lui aussi trop tôt, ainsi qu’à Philippe Bonnet, Alain Faure, Michel Amiaud, Jean-Claude Bel, Franck Courtillet, Benoît Mayolle, Stéphane Sence d’avoir toujours manifesté de l’intérêt et du respect pour le travail de notre rédaction. Il est important à mes yeux de rappeler qu’à une époque pas si lointaine, la moindre petite critique sur un produit dans nos pages matériel nous valait une lettre recommandée furibarde à la direction dans la semaine qui suivait la parution ! Je peux faire la même remarque d’ailleurs à propos de Claude Roustan qui, quoi que nous ayons pu écrire sur son action à la présidence de la FNPF, que nous n’avons pas toujours soutenue, notamment dans sa période «Tour de France», a toujours impeccablement respecté notre indépendance journalistique. 

La belle revanche

Dans ce Panthéon hétéroclite où je prends un réel plaisir à faire défiler ceux avec qui j’ai eu la chance de faire un bout de chemin, comment pourrais-je oublier Thierry Massé, qui fit tant, il y a vingt-deux ans, pour m’imposer à la tête de la rédaction de La Pêche ? Le pari était risqué, il le savait mais il m’a fait confiance et je lui en suis resté éternellement reconnaissant, il sait ça aussi ! Il restera toujours mon éditeur de référence. Je savoure la belle revanche qui lui vaut désormais –après que de sinistres petits arrangements magouillards à la tête d’Emap lui ont si injustement coûté son poste jadis–, de s’asseoir chaque matin dans son fauteuil de directeur-général de L'Opinion. Bravo Thierry ! Et enfin, bien sûr, comment pourrais-je ne pas saluer mon vieux complice, celui avec qui j'ai fait tant de voyages à travers le monde, des Etats-Unis au Costa Rica, du Sénégal au Kenya, dans quasiment tous les pays d'Europe. Je ne suis pas peu fier d'avoir été en sorte le grand guérisseur de sa hantise de l'avion. Pierre Fernandès dirigea le service photo de Medianature jusqu'en 2005, date à laquelle il prit officiellement sa retraite... pour devenir le photographe emblématique et quasi exclusif de La Pêche. Sacré Pierre, dont la gentillesse et la générosité sont à l’avenant… de l’impatience et du caractère ! Tous ceux qui, assistant à un podium de championnat du monde, eurent la malencontreuse idée (le téléphone portable en guise d’appareil-photo étant une circonstance aggravante…) d’interférer dans le champ de vision de son Nikon s’en souviennent sans doute encore ! Si j’ai oublié quelques noms qui auraient mérité de figurer ici, ils voudront bien pardonner une mémoire qui n'est peut-être plus tout à fait ce qu'elle fut. Mais juste avant de mettre un terme à cette aventure, en souhaitant bonne route à Arnaud, Jean-Didier et Nathalie, qui ont généreusement accepté de continuer à travailler pour financer ma retraite, il est temps de vous adresser un signal amical à vous aussi, chers amis lecteurs, sans lesquels cette drôle d'histoire n'aurait pu aller bien loin. J'ai eu le plaisir de croiser régulièrement quelques-uns parmi vous, notamment à l'occasion du salon de Clermont où notre magazine est présent sans discontinuer depuis la première édition. Vous m'avez toujours fait part de vos compliments comme de vos critiques avec beaucoup de discrétion et de bienveillance. Une raison supplémentaire –mais en était-il besoin ?– de s’astreindre à toujours plus de vigilance et d’exigence pour délivrer chaque mois ce que Daniel, tel une sorte de mantra, considérait comme devant être le b.a.-ba d’une revue halieutique digne de ce nom : du rêve et du renseignement !

Demain

Pas d’inquiétude, La Pêche et les poissons reste entre de très bonnes mains. L’équipe en place est suffisamment solide, les piliers, Marc Delacoste, Thierry Bruand, Olivier Wimmer, Nicolas Bensussan, Laurent Madelon sont toujours là. Dès le mois prochain, un nouveau rédacteur en chef pilotera ce petit monde et tous mes vœux l’accompagnent évidemment. Je connais Lyonel Chocat depuis longtemps. Professionnel de la presse et de la pêche, je sais qu’il a à cœur d’entretenir la flamme et l’esprit qui ont toujours maintenu à flot ce beau vaisseau que je quitte ce soir sans regret, car il faut savoir passer la main, mais avec un vrai pincement au cœur, une sincère émotion. Je vais guetter l’arrivée dans ma boîte du numéro de janvier. J’ai des amis dans la place, vous savez, et quelques indiscrétions me laissent à penser qu’il devrait être excellent !

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