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Brochets : du bon usage des bigbaits

Crédit photo Arnaud Brière

Parce qu’elle associe un côté moderne et sportif à la prise de gros poissons, la pêche aux bigbaits a aujourd’hui le vent en poupe. De nombreux pêcheurs de carnassiers aux leurres ont jeté leur dévolu sur cette technique assez vaste qui permet de traquer avec efficacité l’un des poissons les plus recherchés de nos eaux : le brochet. Et ils ont raison, car les bigbaits peuvent rapporter gros ! Certains en ont même fait une spécialité et ne regardent plus ailleurs. Cependant, il existe quelques aspects pratiques à ne pas négliger, car ils rendent la pratique moins fastidieuse, plus ludique et surtout plus efficace. De même, les bigbaits ne sont pas toujours la panacée, et comme de nombreuses techniques, ils ont leurs limites !

Un bigbait, c’est quoi ? Avant d’aller plus en avant, il convient de définir ce que l’on entend sous ce terme. En effet, il n’en existe pas de définition précise, et on classe un peu trop facilement tout ce qui pèse plus de 30 g dans cette catégorie. Alors, un leurre de 45 g et 14 cm est-il un bigbait ? À mon sens, la réponse est clairement non.

La célèbre Muiras, la dernière génération de bigbait
Crédit photo : Arnaud Brière

Du lourd ou du long

Pour avoir l’honneur d’appartenir à cette grande et prestigieuse famille, il faut répondre à des critères de poids et/ou de taille assez conséquents. Je dirais qu’un bigbait fait au moins 75 g et au moins 15 ou 16 cm. En revanche, il suffit de répondre à l’un de ces deux critères. Un leurre de 12 cm qui pèse 100 g entre dans la catégorie, car il nécessitera le matériel adapté pour être lancé. Les gros bigbaits pèsent jusqu’à 200 g (au-delà, le lancer devient compliqué et fastidieux) et peuvent mesurer 40 cm (je pense aux gros leurres souples de type Bull Dawg). Il existe des leurres plus gros, mais il n’est alors plus question de les lancer, mais plutôt de les traîner. Bref, s’il n’existe pas de règles strictes pour définir un bigbait, on peut sans doute hasarder la définition suivante : c’est un « leurre dont le poids impose un équipement et une approche spécifiques ». Les bigbaits se divisent en de nombreux sous-groupes, mais nous allons en distinguer quelques principaux pour nous faciliter la vie : les jerkbaits, qui sont principalement destinés au brochet, les swimbaits, initialement conçus pour la pêche du black-bass, et les gros leurres souples (on entend par là les shads de 18 cm et plus ou les très grosses virgules de type Bull Dawg). À ces trois catégories principales, il faut ajouter tous les autres gros leurres du type tail bait, sliders, gliders et certains qui constituent une famille à part entière, comme l’incontournable Miuras Mouse. On peut également évoquer les leurres développés par les pêcheurs de Musky telles les très grosses cuillères tournantes ou les énormes buzzbaits ou spinnerbaits. Aujourd’hui, la plupart des leurres ont été déclinés en bigbaits par une sorte d’homothétie !

Les leurres hybrides rentrent dans cette famille des bigbaits.
Crédit photo : Arnaud Brière

De plus en plus d’adeptes

Durant la dernière décennie, l’utilisation des bigbaits s’est répandue rapidement pour plusieurs raisons : la traque spécifique des spécimens et le développement d’un matériel adapté. L’offre du marché est pléthorique et regorge de leurres plus alléchants les uns que les autres. Les « Busters » et autres « Balam » sont des objets à fort potentiel addictif, et entre leurres nécessaires et fétichisme, il n’y a qu’un pas. Les réseaux sociaux ont montré que les eaux européennes regorgeaient de gros brochets et le poisson d’un mètre est passé en quelques années d’un poisson mythique qu’on espère attraper une fois dans sa vie à une cible régulière. Le développement du matériel casting a également particulièrement contribué à la vulgarisation des gros leurres, car ces ensembles permettent une pratique intensive dans de bonnes conditions. Et même s’il faut un peu d’entraînement pour lancer et pour animer un leurre de 150 g toute la journée, c’est aujourd’hui tout à fait faisable avec un bon ensemble dédié. Les traqueurs de gros poissons sont donc légion à présent. Ils orientent leurs patterns dans un but unique : prendre de gros spécimens. Et pour cela, rien de plus naturel que d’utiliser de très gros leurres… À première vue, c’est une logique implacable : pêcher gros pour sélectionner et prendre gros. L’adage est relativement juste : à gros leurres, gros poissons. Il n’est toutefois pas toujours vrai : loin de là. Avant tout, attachons-nous à comprendre pourquoi les bigbaits sont si précieux.

Un gros souple, un produit incontournable sur les brochets.
Crédit photo : Arnaud Brière

J’y vois trois raisons principales :
• le bigbait correspond à la taille du moment. J’entends par là que les brochets sont en train de se nourrir de grosses proies et qu’ils ont focalisé leur prédation sur une taille de fourrage importante. J’ai souvenir d’un plateau de potamots au mois de mai qui « sentait » vraiment bon, mais sur lequel on n’arrivait pas à déclencher de touches… Un premier poisson pris tout de même avec un shad de 25 cm avait deux énormes brèmes dans le ventre (au point de lui déformer l’estomac). J’ai alors passé tous mes pêcheurs sur ce qu’on avait de plus gros dans nos boîtes et la fête a pu commencer. Tous les poissons se gavaient de grosses brèmes présentes en nombre dans la zone et ne voulaient que cela !
• l’opportunité alimentaire. Même si un poisson n’est pas spécialement en chasse, il aura du mal à refuser une grosse bouchée se présentant à lui et pouvant lui apporter un bon nombre de calories sans fournir trop d’efforts…
• la puissance des signaux. Le brochet fonctionne avant tout avec sa ligne latérale et toutes les séquences d’attaque sont initiées par ce sens. Les bigbaits déplacent beaucoup d’eau et sont perceptibles de loin, avec beaucoup d’intensité. La puissance de leurs signaux est un point fort, capable de faire bouger des poissons récalcitrants.
Il y a quelques années, j’aurais ajouté dans cette liste que leur faible utilisation favorisait l’attaque de poissons éduqués, peu habitués à voir passer ce type de leurres. Je pense que ce n’est plus vrai aujourd’hui dans la plupart des eaux. De plus, je ne suis pas entièrement d’accord pour dire que la taille des leurres sélectionne les poissons… La voracité du brochet n’a souvent pas de limites et j’ai vu d’innombrables poissons de 50 cm pris sur des Dexter shad 250, des Buster jerk ou des Peto 25… A contrario, j’ai aussi vu beaucoup de très gros poissons pris sur de tout petits leurres… Comme quoi, le « bigbaiting » n’est pas la seule voie, et le fait de réduire sa pêche à leur exclusive utilisation est sans doute une erreur…

On trouve désormais de nombreux leurres susceptibles d’appartenir à cette famille
Crédit photo : Arnaud Brière

Coller à la prédation des prédateurs

Si un très gros brochet n’hésite pas à engamer une proie de plusieurs centaines de grammes, cela ne veut absolument pas dire qu’il ne mange que cela. Comme tous les carnassiers, et peut-être même plus que les autres, le brochet est parfois focalisé sur une proie unique bien particulière : des perches de 10 cm ou des alevins de l’année, par exemple. Et quand ils ont cette phobie, vous pouvez bien passer tous vos leurres de 25 cm disponibles dans votre boîte, vous n’aurez pas une touche (franche). À l’inverse de l’exemple des brèmes qui gonflaient l’estomac d’un poisson, une autre histoire vécue il y a peu avec Arnaud Landrieux complète mon point de vue. Nous sommes, à l’occasion d’un tournage, sur un plan d’eau privé de 100 hectares, riche en gros poissons. La pêche est malheureusement dure, très dure, et nous n’arrivons pas à déclencher une seule touche, au grand dam d’Arnaud qui connaît bien le lieu et son énorme potentiel. C’est tout juste si nos leurres font bouger un ou deux poissons, qui viennent les voir et les « poussent » sans ouvrir la gueule. Pourtant, les gros brochets sont là, et nous en voyons plusieurs se retourner dans de gros remous, d’où jaillissent d’innombrables petits alevins de 2 cm. À la manière des baleines engloutissant du Krill, les brochets étaient obnubilés par les bancs d’alevins de l’année. C’était ça et rien d’autre ! Ainsi, le bigbait a également ses limites et s’obstiner dans cette voie est parfois une erreur. Un shad de 10 cm ou un petit poisson nageur peuvent être bien plus efficaces, et sauront déclencher des gros. C’est d’ailleurs une logique bien particulière de la pêche, le downsizing, qui consiste à descendre la taille des leurres quand la pêche est difficile.

Une Muiras n’imite rien de précis, mais pousse énormément d’eau et produit des signaux remarquables.
Crédit photo : Arnaud Brière

Les limites du bigbaiting

Pour résumer, je dirais que l’on peut lister ainsi les raisons pour lesquelles le bigbait peut être un frein à la réussite :
• il ne correspond pas à la taille des proies sur lesquelles les prédateurs ont jeté leur dévolu. Si la plupart du temps, les brochets sont opportunistes et attaquent les « fourrages » qui se présentent, la taille ou l’espèce ciblée sont certains jours exclusives. C’est souvent dû à la présence en nombre et au regroupement de cette espèce;
• la zone sur laquelle vous pêchez est très souvent « poncée » et les poissons se méfient des leurres qui émettent des signaux trop puissants. Les petits leurres souples ou les poissons nageurs de taille réduite sont alors plus discrets et suscitent moins de méfiance;
• bien que cela ne soit pas une raison ichtyologique, je dirais également que les bigbaits peuvent être éprouvants à manier et que les bras et surtout le dos peuvent être mis à rude épreuve. Il est parfois bien agréable de reprendre une canne 10-40 g et de pêcher light ! J’ai cependant bien conscience que c’est là de la déformation professionnelle liée à ce type de pêche, que de dire qu’un leurre de 25 g est un leurre light !
Les gros leurres sont de formidables machines à attraper des brochets, et sont souvent capables de prendre de gros poissons. Mais si l’on veut être efficace tout le temps, il faut bien se dire qu’ils ne sont pas seuls et n’ont pas l’exclusivité de la réussite.

En imitant la taille des proies présentes dans le milieu, on est souvent dans le vrai.
Crédit photo : Arnaud Brière

De la nécessité d’un matériel bien pensé

Deux ou trois petits mots quand même au sujet de l’optimisation de votre pêche bigbait, liés à des questions que l’on me pose souvent. Clairement, les ensembles castings sont plus adaptés. Les moulinets de taille 300 ou 400 permettent de pêcher avec des grammages très importants sans trop solliciter la mécanique. Pour la pêche aux jerks, je vous conseille des cannes avec un scion pas trop raide pour éviter le « rebond » sur le leurre lors de l’animation, mais avec une réserve conséquente de puissance pour assurer le ferrage. Les longueurs trop courtes sont, à mon goût, à bannir, malgré les idées reçues. Selon votre taille, n’hésitez pas à utiliser des longueurs comprises entre 2 m et 2,10 m. Les ratios de moulinet élevés sont appréciables pour récupérer l’excédent de bannière pendant l’animation lors de dérives rapides.

Les swimbaits bougent beaucoup d’eau, et les utiliser dans des couches d’eau peu profondes est bien souvent payant
Crédit photo : Arnaud Brière

Pour la pêche au swimbait, au gros leurre souple ou à la Miuras, par exemple, des cannes de 2,40 ou 2,60 m seront très confortables pour lancer. Comme vous n’avez pas besoin d’animer et que tout se fait au moulinet (cranking), une longueur plus importante n’est pas pénalisante. Les faibles ratios sont généralement confortables, mais il faudra pédaler pour aller vite. Enfin, sans entrer dans les détails, je vous conseille de ne pas lésiner sur la tresse. Avec un jerk bruiteur ou un swimbait de 150 g, la finesse n’apporte pas grand-chose, si ce n’est des désillusions lors d’un mauvais lancer ou sur un très gros poisson. Enfin, bannissez les agrafes pour ce type de pêche forte et utilisez soit un raccord baril/anneau brisé, soit un nœud agrafe. Vous l’aurez compris, le but de ces quelques lignes n’était ni de vous lister l’ensemble des bigbaits existants, ni de parler de leur utilisation, mais bien de dresser leurs forces et leurs faiblesses. Comme bien souvent, les extrêmes sont à bannir, et se cantonner à telle ou telle technique est l’assurance de risquer de passer à côté de quelque chose. De même, je vois souvent une exagération dans les bigbaits. Un leurre de 25 cm joue ce rôle, mais pêcher avec un leurre de 40 cm n’apportera ni plus de touches ni de plus gros poissons. Je pense même qu’à partir de certaines tailles, les leurres énormes deviennent contre-productifs, dans le sens où ils sont dédaignés par des poissons tout à fait honorables, avec tellement d’inertie qu’ils desservent le ferrage et sont extrêmement contraignants à utiliser. Mais au bout du compte, l’efficacité n’est pas la seule voie, et ce qu’il faut cibler avant tout, ce qui est l’essence même de la pêche sportive, c’est bien de se faire plaisir !

Les poissons nageurs volumineux font également partie de cette famille.
Crédit photo : Arnaud Brière

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