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Gare aux "gorilles" en début de saison

Si la sacro-sainte ouverture s’apparente souvent à un coup de poker, le début de saison offre l’opportunité de toucher un spécimen : une « bûche », « une mama », une « barre », un « gorille » qu’importe le sobriquet que l’on donne à un beau brochet d’autant que tous les espoirs sont permis. Avec les changements climatiques de plus en plus imprévisibles, le moucheur doit s’adapter, quitte à bousculer ses habitudes. Le jeu se complique mais il en vaut toujours la chandelle !

Les débuts de saison se suivent mais ne se ressemblent pas ou plutôt ne se ressemblent plus. Selon la région où l’on habite, la réalité est bien entendu différente : conditions quasi hivernales pour les unes, ambiance printanière voire quasi estivales pour d’autres, du nord au sud les contrastes sont saisissants, l’instabilité est de mise. Mais force est de constater qu’il est de plus en plus délicat de parier sur la météo et ce dès l’ouverture qui sonne ce début de saison tant attendu. Quelles qu’en soient les causes (qui sont aujourd’hui établies faute de pouvoir y remédier, semble-t-il, à court terme), les températures font le « yoyo », les épisodes climatiques sont de plus en plus radicaux et imprévisibles. Il devient, par conséquent, plus difficile de se trouver dans la bonne fenêtre météo d’autant que chacun a ses propres contraintes. Être au bon endroit au bon moment, pas si simple ! Que l’on soit « leurriste » ou « moucheur », chacun est d’ailleurs logé à la même enseigne !

En avril, ne te découvre pas d’un fil
Crédit photo : David Gauduchon

C’est bien cette mobilité dans l’action, cette souplesse dans son emploi du temps qui, aujourd’hui, permet de tirer son épingle du jeu. Si un redoux vient à s’installer, que la température de l’eau se stabilise durablement autour de 15 degrés, que la pression atmosphérique remonte progressivement, que la fraie des poissons blancs reprenne de plus belle, qu’un fort vent d’ouest/sud-ouest se lève et « remue » votre secteur de pêche habituel, il convient d’être à pied d’œuvre. Essayons d’anticiper différents scénarios et de vivre un retour d’expérience, en compagnie d’un guide de pêche expérimenté qui officie dans le nord-Bretagne : Éric Hamon pour qui la traque du brochet est un peu sa seconde nature. Même si la truite et le bar le fascinent, Esox lucius occupe une place particulière dans son cœur. « La beauté de ce carnassier tout comme son caractère de chasseur, l’évolution de son comportement de l’ouverture au début de l’été, en font, selon moi, le partenaire de jeu idéal avec une canne à mouche. Le registre technique tout comme celui de son approche sont larges pour peu que l’on sache se remettre en cause. Je ne m’en lasse pas ! » confie notre guide. Eh bien, suivons-le !

Il faut bien sûr faire avec des conditions météorologiques parfois difficiles.
Crédit photo : David Gauduchon

Changement climatique

Même si Éric n’est pas nécessairement fan du tout début de saison, la possibilité qu’il a de rechercher le brochet sur des étangs classés en 1re catégorie – du fait de leur alimentation par des rivières classées « salmonidés » – lui permet de débuter très tôt sa saison, théoriquement avec l’ouverture de la truite. « C’est une période très instable, où les coups de froid succèdent à des cycles plus doux, voire à des épisodes printaniers. Selon les années, j’observe que la fraie du brochet se décale dans un sens comme l’autre. Elle peut aussi bien avoir lieu vers le 15 février qu’à la fin mars. Selon les lacs et les étangs que je pratique principalement, je note des réalités différentes. Mais avec le réchauffement climatique auquel nous assistons et la baisse des niveaux de plus en plus inquiétante d’ailleurs, l’eau a tendance à se réchauffer de plus en plus tôt. Cette année, par exemple, nous n’avons quasiment pas eu d’hiver et un seul épisode de crue sérieux. La donne change, c’est un fait. Au début du printemps, les matinées restent souvent froides au petit matin, traditionnellement une petite gelée en avril n’était pas à exclure. L’an passé, nous les avons connues en mai. À ne plus rien y comprendre ! Je note aussi que les amplitudes thermiques sont souvent importantes, comme si le soleil était de plus en plus chaud, voire brûlant, dès qu’il pointe son nez. Tous ces chamboulements ainsi que leur caractère imprévisible ont des incidences sur le comportement de notre prédateur et de la chaîne alimentaire en général. C’est tout l’écosystème qui se retrouve impacté », explique Éric qui vit dans la nature à longueur d’année. Ses observations sont d’autant plus fondées. Bien entendu, pas question pour lui de déranger le brochet en période de fraie, d’ailleurs, selon lui, c’est d’autant plus inutile qu’il se montre inactif, indifférent au plus appétissant des streamers, même monté avec amour.

Remettre à l’eau délicatement une belle femelle est un geste pour le futur.
Crédit photo : David Gauduchon

Jour J

Passée cette période, les choses sérieuses vont pouvoir commencer. Éric fonde alors tous ses espoirs sur la capture des beaux spécimens qu’il recherche en priorité. Les grosses femelles vont rester un certain temps sur les postes pour se refaire rapidement une santé et digérer les petits mâles imprudents. « Fin avril l’an passé, j’ai capturé une très grosse femelle sur un streamer blanc de 20 cm. Elle était d’autant plus impressionnante qu’elle était très large, 45 cm de tour de "poitrine" pour seulement 105  cm de long. En la voyant arriver à l’épuisette, je l’estimais à plus de 110 cm. Je n’étais pas au bout de mes surprises en voulant la décrocher. La queue d’un brochet de 70 cm dépassait de sa gueule, en passe d’être à moitié digérer. L’amour vache en somme ! » se souvient Éric. Cette femelle se trouvait dans moins d’un mètre d’eau, postée dans les joncs, contre la berge. Le premier lancer l’avait faite bouger, un remous, le second c’était coffré. Il faisait pourtant frisquet ce matin-là, à 8 heures. Et Éric de confier qu’il n’avait pas repris une touche avant le début de soirée, alors que la lumière rasante disparaissait dans la brume. « Si je reprends mes carnets de pêche, je note que l’eau dépassait à peine les 10 degrés mais que le thermomètre, comme la pression atmosphérique, était stable depuis 8 jours. Des conditions presque hivernales, la végétation était très peu avancée. A contrario la semaine qui a suivi était d’autant plus compliquée qu’un vent de nord-est persistant m’a valu plusieurs bredouilles de suite dont deux journées consécutives sans avoir la moindre tape ! Il faut un mental d’acier surtout quand le doute commence à s’installer. D’où l’intérêt de prendre des notes et de s’y référer régulièrement pour se rassurer même si, à la pêche, la première règle, c’est qu’il n’y a pas de règle », ajoute Éric.

« Gare au gorille! » Le début de saison réserve de belles surprises.
Crédit photo : David Gauduchon

Quoi qu’il en soit, avec l’automne et parfois le dur mois de janvier, le début du printemps reste, à ses yeux, une des meilleures périodes pour séduire de beaux brochets, de ceux qui vous arrachent la soie des mains et plient littéralement votre blank en deux. L’issue du combat est d’autant plus incertaine que, si un tel poisson est mal piqué, sous l’action de son poids et de la puissance de ses coups de tête, il y a de forts risques de perdre son contact. La frustration est alors proportionnelle !

Les mâles restent plus longtemps sur les hauts-fonds.
Crédit photo : David Gauduchon

De la surface au premier cassant

Pour cette traque de début de saison, Éric n’hésite pas utiliser de grands streamers, généralement montés en tube fly. L’hameçon simple décalé vers l’arrière est un atout, la spécificité de ce montage étant de permettre l’obtention d’une longue silhouette sans pour autant avoir à lancer une « enclume ». Trois coloris ont sa préférence selon les conditions de luminosité : un traditionnel combiné tête rouge corps blanc, un coloris à dominante chartreuse et orange et un orangé fluo. L’adjonction de Flashabou et autres brills est à prendre en compte dans leur efficacité.

Une épuisette est indispensable pour manipuler les brochets avec précaution, ici un petit mâle qui a échappé à l’appétit d’une femelle après la fraie
Crédit photo : David Gauduchon

« Avril c’est le mois où les perches fraient. En ce début de saison, comme je me concentre sur les bordures, j’utilise une soie flottante qui a l’avantage de me permettre une animation lente, entrecoupée d’arrêts plus ou moins prolongés, sans multiplier les accroches sur le fond. Au besoin j’ajoute un anti-herbe. Après quelques semaines, quand les géniteurs redescendent plus creux, jusqu‘au premier cassant, j’opte pour une intermédiaire rarement une plongeante qui, à mon goût, oblige à pêcher trop vite. Par ailleurs au-delà de 3,50 m, la pêche au steamer comme je l’entends, perd de son intérêt. » Éric ne compte plus les « gorilles », selon son expression, capturés ainsi.

Il n’y a pas que la taille qui compte. Un petit streamer fait parfois la différence
Crédit photo : David Gauduchon

Pour cette pêche en « shallow », il lui arrive de prospecter aussi en surface, lorsqu’un streamer conventionnel ne suscite pas de réaction. À vrai dire, depuis quelque temps, Éric pêche de plus en plus en « Top water » même quand les températures sont encore basses. « On fait souvent l’erreur, par anthropomorphisme probablement, de penser que lorsque les eaux sont froides, les brochets se tiennent creux, sur le fond. Mais à cette période, il n’en est rien. Et dans peu d’eau, un brochet est souvent prompt à monter que ce soit par effet de surprise, d’agressivité ou de territorialité. Je ne compte plus les sorties réussies grâce à un popper, voire un slider animé au bon tempo. Plus l’eau est froide, plus il convient de l’animer lentement, entrecoupé de longues pauses, en limitant l’effet bruiteur. A contrario, dès que la température augmente, même si ce n’est que d’un ou deux degrés au cours de la journée, une animation plus soutenue se montre souvent efficace. » Éric est devenu un inconditionnel de ses pêches de surface, la dimension visuelle et les émotions ressenties conférant une véritable dimension sportive dans l’approche.

La présence des perches est un bon signe
Crédit photo :

Le printemps s’installe

Une autre dimension intéressante à cette période de l’année est celle de la pêche en wading, les sensations qu’elle procure – une immersion au sens propre comme figuré – et l’économie de moyen qu’elle requiert : un panier de lancer, une canne puissante de 8 ou 9. Un sentiment de liberté et de simplicité, une pêche d’observation donc mobile, active, une véritable traque. Le mois de mai s’installe, distille ses parfums. La nature revêt sa parure aux mille nuances de vert tendre. Les « big mama » ont quitté les hauts-fonds, les mâles, qui ont eu la vie sauve, ont retrouvé leur tranquillité relative. Mais l’histoire va se répéter tandis que la fraie du poisson fourrage va atteindre son apogée. Gardons et brèmes se rassemblent à leur tour sur les bordures. La végétation aquatique, potamot et nénuphar en plein développement, leur fournit un support idéal. Une telle concentration de poisson fourrage ne va pas laisser de marbre notre prédateur opportuniste. « Abondance de biens ne nuit pas certes, mais il n’est pas toujours facile de tirer son épingle du jeu quand les bancs de poissons blancs sont compacts. Une chasse repérée, il faut avant tout bien comprendre sur quoi les brochets sont attablés. C’est souvent une question de taille de proie. Là encore, tous les scénarios sont possibles. L’imitation d’un gardon de 15 cm n’est pas celle d’une plaquette de 500 grammes. Le mimétisme paie souvent. Il faut parfois jouer les contraires, c’est-à-dire ne pas hésiter à diminuer ou à augmenter la taille du streamer quand il n’est pas intercepté. Personnellement, plus j’avance dans la saison, moins j’utilise de gros modèles de mouches. Je préfère privilégier le plaisir, la qualité et la discrétion du lancer notamment. En l’absence d’activité, je privilégie les extérieurs de hauts-fonds, là où la pente décline plus ou moins brutalement. Les brochets y sont généralement postés, parfois en rang d’oignons, attendant je ne sais quel signal pour monter en chasse. Pour les décider, là encore, je teste différents types de vibrations, l’ajout d’un wiggle tail ou d’une palette suffit parfois à déclencher l’attaque. On n’est alors jamais au bout de ses surprises. C’est ce que j’aime avant tout dans la pêche du brochet, son côté imprévisible et spectaculaire à la fois. »

Les tubes fly sont de bons outils en tout début de saison
Crédit photo :

Dernier petit conseil de la part d’Éric qui se fera un plaisir de vous retrouver au bord d’un de ses étangs le temps d’un guidage : « En mai et juin alors que les journées s’allongent, l’eau se réchauffe, il ne faut pas négliger l’activité du brochet tôt le matin et en soirée. C’est souvent à ces moments de la journée que je touche un beau brochet au-dessus de la moyenne. Alors, gare au gorille ! »

Évitez de multiplier les faux lancers.
Crédit photo : David Gauduchon

Streamers, la base d'Eric

Éric ne se perd pas dans des conjectures de forme et de couleur. Trois ou quatre coloris, deux tailles déclinées en trois modèles.
Crédit photo : David Gauduchon

Pour ses imitations de poissons fourrage, Éric n’hésite pas à varier l’action de nage en ajoutant divers artifices, palette ou wiggle tail.
Crédit photo : David Gauduchon

Éric réserve généralement les tubes fly – de 15 à 25 cm de long – pour le début de saison, lorsque les femelles brochets occupent encore les hauts-fonds où elles sont venues frayer auparavant.
Crédit photo : David Gauduchon

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