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Construire sa pêche

En recoupant la lecture et le visionnage de nombreux articles ou vidéos avec le fruit d’échanges entre pêcheurs de carpes, j’ai fait un constat simple : la pêche au spot est l’approche technique la plus largement pratiquée aujourd’hui. Je pense que le succès du spot s’explique par la réelle efficacité de cette technique pour prendre des carpes partout et n’importe quand.

ON PEUT AJOUTER à cela des avantages pratiques et économiques car une simple louche d’appâts par ligne peut suffire pour prendre un poisson. La prise de risque est faible et on a peu de chance de se tromper. Du coup le matériel est lui aussi plus restreint dans cette approche où très souvent on dépose les montages en bateau. Donc avec un petit pneu, une batterie de cannes et un seau d’appâts, on a déjà de quoi bien s’amuser !

Adapter ses montages selon les eaux pêchées permet également d’optimiser les départs.
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Cependant cette approche idéale pour débuter a aussi ses limites : quand le spot a produit 2 ou 3 poissons, il s’essouffle très rapidement et il faut alors en changer. Les déménagements répétés ainsi que les allers-retours en bateau à chaque dépose n’ont jamais fait gagner du temps ni rassurés les carpes ! À mon sens cette approche est parfaite pour prendre quelques poissons assez facilement mais en aucun cas elle permettra d’exploser le compteur, je m’explique, ce n’est pas quelques poignées d’appâts qui vont intéresser un banc entier de carpes à rester s’alimenter longtemps sur votre spot et ainsi démultiplier votre nombre de captures ! Il existe une autre méthode pour améliorer ses résultats en nombre et en qualité : mettre en place un « coup » ! Dans le milieu carpiste, on a tendance à oublier que la carpe est un gros cyprinidé. De même que la meilleure stratégie d’amorçage imaginée par les compétiteurs pour mieux pêcher les poissons de cette famille, c’est la réalisation et l’entretien d’un coup afin d’optimiser ses chances d’intéresser, de rassembler et de piquer un maximum d’individus ! Ce n’est pas à un pêcheur au feeder qu’on l’apprendra et encore moins à un membre de l’équipe de France de pêche de la carpe ! Au travers de cet article, je vous propose de décortiquer un exemple en session de manière à vous aider à emballer le compteur en construisant votre pêche.

Sans l’ombre d’un doute, sur certaines eaux, les carpes reconnaissent rapidement le bruit de cet impact !
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L’EMPLACEMENT
Attention accrochez-vous je vais choquer ! La carpe mange là où on lui donne à manger ! Je veux dire par là que la précision du choix de votre zone de pêche au coup n’a finalement pas tant d’intérêt que ça si vous avez prévu d’y introduire une quantité appropriée d’appâts. L’essentiel est de savoir s’adapter aux types d’eaux, aux nombres de bouches présentes, à l’évolution du comportement des poissons sur votre coup, au contexte et à vos voisins, s’il y en a. Voilà une grosse différence par rapport à la pêche à l’assiette : quand la table est mise et que la nourriture est distribuée régulièrement, les carpes viennent, alors qu’au spot, elles ne feront pas d’écart de route pour quatre bouillettes, aussi bonnes soient-elles ! Au spot, il devient donc impératif de trouver l’endroit précis où se déplacent, se nourrissent et où se tiennent naturellement les poissons ! D’où la fameuse vérité de La Palisse du pêcheur au spot ou au single bait qui dit qu’il vaut mieux une mauvaise bouillette au bon endroit qu’une bonne bouillette au mauvais endroit !

Un peu d’avance afin d’être le plus réactif possible pendant que le poisson est sur la zone.
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Je me souviens d’une phrase de Bob Nudd, fameux compétiteur anglais, qui avait répondu à la question : « C’est quoi votre meilleure amorce ? » par « L’important c’est qu’il y en ait au fond ! » Et c’est effectivement bien cela le principal élément à surveiller quand on pêche sur un coup ! Parlons du poste, le meilleur emplacement pour cette approche se doit de vous permettre de pêcher en lançant et en amorçant du bord avec si possible une grande ouverture pour pouvoir allonger davantage si les conditions le réclament et un minimum d’eau bien sûr ! C’est de cette façon que vous gagnerez du temps pour placer vos lignes et que le bruit de votre rappel régulier ne manquera pas d’attirer la curiosité des poissons. Pour une approche au zig, on recherchera plutôt un fond plat pour toujours connaître la hauteur d’évolution des lignes sans qu’un relief du fond ne vienne fausser la donne. Par exemple, je déclenche des touches à 3 m sous la surface sur une zone plate et je relance une ligne qui se pose sur une butte d’un mètre de haut, au final je me retrouve à 2 m sous la surface au lieu de 3 m, sans m’en rendre compte…

Un coup de boost !
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Au niveau du substrat, il a peu d’importance aussi, qu’il soit dur ou vaseux, les carpes iront y chercher les appâts sans problème ! J’ai déjà observé des carpes se nourrir de vaseux, la tête entièrement enfouit dans les sédiments ! J’ai récemment plongé pour inspecter un poste productif réalisé sur une zone très vaseuse et j’ai été surpris de remarquer pleins de trous profonds que les carpes avaient creusés pour aller chercher mes montages ! Je dis bien mes montages, entraînés par le poids du plomb, car les appâts d’amorçage étaient restés posés sur le substrat, elles pouvaient donc les cueillir facilement sans avoir à faire de la spéléologie ! Une nouvelle fois, s’il y a à manger, elles viendront comme tous les animaux sauvages qui sont agrainés ou nourris régulièrement au même endroit par la main de l’homme !

Des particules solubles permettent de créer rapidement de l’acticité sur le poste.
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J’entends très souvent des pêcheurs qui sont heureux d’avoir trouvé une tache de dur après plusieurs heures passées à sonder ! Quelle perte de temps ! Évidemment, je comprends leurs convictions car la proportion des carpistes qui ne pêchent que des zones dures est telle que c’en est devenu une règle ! Souvenez-vous de Coluche qui disait : « Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison ! » Si vos appâts sont sur le dur, vous prendrez des poissons sur le dur et s’ils sont sur le mou, vous les prendrez dans le mou ! Sonder reste cependant important pour connaître le profil du fond devant vous, du bord, jusqu’à votre distance maximale de lancer et la hauteur d’eau à la distance de pêche que vous avez choisie pour établir votre amorçage, surtout si vous pêchez au zig. C’est aussi indispensable de s’assurer qu’il n’y a pas d’obstacles majeurs entre vous et votre coup car si vous faites des départs mais qu’il n’y a pas d’arrivées, c’est bien dommage !

Des chaussettes rondes…
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SPOT OU ENCORE
Pour appuyer mon constat sur l’infériorité du spot par rapport à un coup pour produire plus de touches, je vais vous décrire une session que j’ai réalisée au printemps 2020, peu de temps après le premier confinement. Cette situation précise correspond à une approche que j’affectionne particulièrement et que j’ai souvent reproduite : une ou deux cannes au spot et trois ou deux cannes sur un coup. Je ne vous cache pas que cela se termine la plupart du temps par seulement deux cannes sur le coup ! C’est donc la compilation de résultats dans des situations très similaires qui m’a permis de tirer mes conclusions. Cependant, attention ! Ne prenez pas ça pour argent comptant car en matière de pêche, ce qui est vrai un jour ne l’est pas forcément le lendemain voire quelques heures après ! Tout est histoire d’observation, d’analyse et de réactivité, et c’est de l’expérience du pêcheur que va naître le juste choix, aboutissant aux déclenchements d’un nombre de prises maximum. J’ouvre une parenthèse à ce sujet, si vous êtes sur un plan d’eau et que vous avez pris dix carpes dans la journée, vous êtes plutôt satisfait de votre résultat n’est-ce pas ? Par contre si une autre personne qui était là elle aussi en a fait 30, votre pêche n’est plus si bonne que ça et il y avait sans aucun doute mieux à faire. Avez-vous correctement entretenu votre coup ? Votre cadence d’amorçage était-elle bonne ? La quantité
d’appâts distribués était-elle en adéquation avec la population des lieux ? Mes montages présentaient-ils suffisamment bien mes esches ? Ces dernièresétaient-elles les plus efficaces aujourd’hui ? Évoluaient-elles à la bonne hauteur d’eau ? Etc. Voilà autant de questions qu’il est important de se poser quand on veut auto-analyser ses performances.

Elle n’a pas eu peur du bait rocket !
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Le mieux pour faire évoluer son expérience de la pêche, c’est remballer son ego et aller discuter avec ce pêcheur qui vous a mis une toise pour comprendre pourquoi il a mieux pêché et qu’est-ce que vous auriez dû faire pour atteindre son score, voire le surpasser. C’est toutes ces connaissances qui permettent aux meilleurs pêcheurs de presque toujours prendre plus de poissons que les autres. Cette expérience, ils l’ont acquise par la pratique de la pêche de la carpe durant de nombreuses années mais aussi et toujours par d’autres techniques qui au final se recoupent pour forger leurs capacités à trouver les bonnes clés au bord de l’eau en peu de temps.

Pêcher à la bonne distance permet souvent de faire la différence.
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Malheureusement aujourd’hui beaucoup de ces maestros qui ont tant à partager ne sont pas assez médiatisés voir inconnus ou oubliés du grand public car on leur préfère les bons communicants, pêcheurs d’images et de sponsoring bien plus que de poissons mais c’est un autre débat ! (Tiens, j’ai dû encore choquer là !)

Le zig permet de pêcher les carpes dans diverses colonnes d’eau.
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METTONS-NOUS EN SITUATION !
Je suis sur un lac de barrage de 150 ha fin mai avec une bonne population de carpes et de poissons blancs, je n’ai personne à ma gauche et à droite un carpiste est installé à environ 400 m de moi, on ne se gêne pas, j’ai 10 m d’eau dans le lit de l’ancienne rivière à 100 m devant moi et en bordure, une carpe a sauté devant un grand chêne en début de soirée. Je veux m’amuser et faire le plus de touches possible dans ce lac que je pêche pour la première fois. Je vais commencer par pêcher dans l’ordre, c’est-à-dire que je démarre en priorité près du bord, à 30 m, avec le placement d’un montage au spot sur la zone où la carpe s’est manifestée. J’y expédie à la fronde quelques godets de pellets de 14 mm pour commencer et en eschage, un fake en plastique, emballé dans un sac soluble rempli de petits pellets. Au bout d’une heure, j’ai un premier poisson, je réamorce de la même façon et replace le montage, un deuxième fish se pique une heure après, puis, plus rien de la nuit.

Idéal pour envoyer une bonne poignée de billes sur une zone restreinte
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Au matin, je sonde plus au large et choisis de démarrer un amorçage régulier au Spomb à 80 m, sur un plateau vaseux, dans 9 m d’eau. Le mélange expédié a pour objectif d’attirer les poissons blancs pour que l’activité alimentaire de ces derniers incite les carpes à rentrer dans l’amorçage. J’ai donc mélangé des pellets de 3 et 7 mm avec du maïs doux, des granulés pour poule pondeuse et du chènevis. Il fait très beau, la pression atmosphérique est élevée et je remarque quelques poissons en surface alors je place deux lignes au zig rig et une au fond.

Clipper son fil sur la bobine permet de lancer le bait rocket toujours à la même distance.
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Je commence par prendre des brèmes et des gros gardons au zig en fin de matinée, c’est bon signe, puis la première carpe se manifeste. Ensuite elles prendront possession de la colonne d’eau amorcée et les touches se succéderont toute la journée au gré des rappels au Spomb toutes les 30 minutes Le seau de 17 litres y passera. En soirée la ligne laissée en bordure au spot produira un troisième poisson. Pour la nuit, les lignes au zig seront remplacées par des montages posés au fond. En effet, autant je suis convaincu de l’efficacité de cette technique en journée dans certaines conditions, autant je préfère redescendre mes appâts sur le substrat la nuit ! J’ai même souvent remarqué qu’une flottante décollée, ne serait-ce que de quelques centimètres, pêche moins bien qu’un appât équilibré ou dense quand il fait noir. En début de nuit, deux poissons venus grignoter les restes se laisseront piquer puis plus rien. Normal : tout a été mangé et j’ai dormi sans me réveiller pour en remettre ! Les poissons ont quitté la zone qui n’a maintenant plus d’intérêt pour eux !

De belles surprises peuvent rapidement arriver sur le tapis.
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C’EST REPARTI
Le lendemain matin du troisième jour, je redémarre mon amorçage avec des bouillettes et des pellets de 14 mm. J’ai augmenté volontairement la taille moyenne des appâts spombés pour tenter de sélectionner d’avantage et en une heure les zigs reprennent des carpes à une cadence infernale ! La nuit sera elle aussi riche en prises sur le fond du fait d’avoir augmenté la taille des bouchées. Ce coup-là, il en restait suffisamment pour continuer de les stimuler, la blanchaille n’ayant pu tout ramasser ! Au bord, la ligne au spot ne produira plus rien jusqu’à la fin de la session, elle s’est fait court-circuiter par le coup au large et n’intéresse plus les poissons qui pourtant avaient une tendance naturelle à venir s’y alimenter. Au matin du quatrième et dernier jour, je reproduis la même chose que la veille et ça repart sur les chapeaux de roues ! L’intérêt de cette dernière demi-journée réside dans le fait que je pourrais évaluer mes résultats par rapport aux autres pêcheurs présents, grâce à une discussion avec deux gardes pêche venus me contrôler ! J’aurais du mal à leur présenter mon permis car par deux fois, je serais dérangé par les carpes ! Ils me confiront qu’il s’est pris quelques poissons sur le lac mais rien d’extraordinaire et je fais figure d’extraterrestre quand je leur annonce mes 37 poissons au compteur !

Testez et jugez par vous-même !
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Mon voisin installé plus haut clôture lui aussi aujourd’hui et j’irais à sa rencontre quand il accostera au niveau de la mise à l’eau, histoire de faire connaissance et de découvrir ce qu’il a fait. C’est un habitué du lac qui m’explique qu’il a pêché l’extrême bordure de sa berge opposée, en plaçant en bateau tous ses montages dans moins d’un mètre d’eau, devant des structures. Il est très satisfait des 8 carpes qui lui ont rendu visite pendant ses quatre jours de pêche. Cet échange de courtoisie me permettra de me conforter dans mes choix.

Un peu d’avance afin d’être le plus réactif possible pendant que le poisson est sur la zone.
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COMPARAISON
Dans cet exemple, j’ai souhaité montrer que deux approches distinctesdans une même session amènent à des scores différents et autorisent la comparaison. Le spot a fonctionné et a produit le mieux qu’il pouvait, c’est-à-dire quelques poissons puis rideau. En ce qui concerne la zone amorcée régulièrement, ce n’est pas la même musique, malgré un début plus lent, le rythme des touches s’est fortement accéléré et a permis de réaliser un joli carton dès que les carpes sont rentrées sur le coup. Pourtant ce n’est pas la qualité du poste qui était meilleur et ce n’était pas non plus celui où les poissons se manifestaient ! Je sais que ma conclusion remet en cause pas mal de vieux principes aussi faux que profondément ancrés dans les esprits mais rien n’est immuable, surtout pour celui qui est ouvert au changement et tourné vers la volonté de progresser !

Lui aussi est venu me rendre une visite rapide.
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Ce qui a fait la différence pendant cette session c’est l’approche du bord qui permet d’être plus rapide et la stratégie d’amorçage. On peut dire que l’activité a été créée grâce à l’apport régulier et rythmé de nourriture sur une zone. Dans mon cas, j’ai démarré avec des particules capables d’attirer un peu de tout, dans le but de générer du remue-ménage sur mon secteur. Cela a permis d’attiser la curiosité des carpes, puis de sélectionner ces dernières avec des appâts plus gros, amenés en quantité juste suffisante pour qu’une concurrence naturelle s’installe et que le compteur s’emballe, ça rime ! En même temps, aucune de mes lignes n’a été ramassée par les nombreux pêcheurs aux carnassiers avec qui je partageais les lieux car ma distance de pêche était très raisonnable et aucun n’a voulu tenter de s’approcher de mon amorçage facilement localisable grâce aux impacts répétés des Spombs ou des plombs qui y tombaient régulièrement !

Vérifiez que vos piles sont bien chargées…
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Ce n’a pas été le cas pour mon voisin qui a dû hausser le ton à plusieurs reprises et perdre du temps à retendre ses lignes ! Au final, c’était un schéma qui a répondu juste par rapport au contexte des évènements relatés parmi d’autres possibles, mais, le choix d’une stratégie d’amorçage plutôt qu’une autre est un vaste sujet que j’aborderais plus en détail lors d’un prochain article où, là encore, les idées reçues auront la vie dure !

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Magazine n°Média Carpe 161 - mai-juin 2021

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