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Petits secrets du grand canal, avec Jean-Pierre Scaramuzzino

Jean-Pierre Scaramuzzino, 43 ans, est chef de projet et habite Warlaing (59).

Crédit photo Olivier Wimmer

La pêche au coup en canal est une véritable école de précision et d’adaptation. Elle ne récompense que les pêcheurs les mieux préparés et les plus au fait de tous les pièges à éviter. Une solide connaissance du terrain est donc un plus incontestable et les pêcheurs du Nord savent y faire. Jean-Pierre Scaramuzzino est de ceux-là et nous dévoile toutes ses astuces pour tirer le meilleur parti des canaux à grand gabarit.

Les canaux à grand gabarit sont nombreux en France. Si on en remarque une concentration plus forte dans les Hauts-de-France et le Grand Est, on trouve des conditions similaires dans de nombreuses régions. Sur ces grands linéaires circulent nombre d’embarcations et notamment de grands transporteurs de marchandises transitant entre les grands fleuves. Ce trafic a une incidence sur la pêche car le passage intense des péniches engendre des mouvements d’eau importants. Des va-et-vient latéraux mais aussi des variations de niveau plus ou moins régulières rythment ainsi les parties de pêche.

Après avoir passé de longues minutes à sonder pour dénicher une petite portion de fond plane, Jean-Pierre peut enfin déposer son amorçage de départ.
Crédit photo : Olivier Wimmer
 

Les canaux du nord sont de véritables autoroutes, les passages de péniches y étant incessants. Les poissons y sont très largement habitués, au pêcheur d’adapter sa stratégie en permanence.
Crédit photo : Olivier Wimmer

Un casse-tête

Pour les non-initiés, qui ne disposeraient pas des montages adéquats et des repères nécessaires, cela peut rapidement devenir un casse-tête, les touches pouvant se raréfier au fur et à mesure de ces changements fréquents et parfois brutaux. Jean-Pierre Scaramuzzino, grand spécialiste et avec qui j’ai rendez-vous aujourd’hui pour une petite démonstration, confirme : «Les poissons ne disparaissent pourtant pas, insiste-t-il. Ils se sont juste décalés en raison du courant. Il peut arriver aussi que l’appât soit trop décollé ou, au contraire, repose trop sur le fond.»

Ces bonnes grosses boules devraient résister aux coups de courant provoqués par les éclusées. Le reste est mis de côté pour le rappel.
Crédit photo : Olivier Wimmer

Sa recette d'amorce

  • 2 kg de Wonder Gardons (Champion Feed)
  • 500 g d’épicéine (Champion Feed)
  • 500 g de galette (Champion Feed)
  • 250 g de Sweetcorn (Champion Feed)
  • 1 kg de fiente fraîche
  • 1 kg de terre de rivière
  • Colorant brun ou noir (Van den Eynde)

Un bon petit plat

Les canaux et leurs berges sont taillés pour supporter une érosion inévitable si bien qu’ils sont relativement profonds. «Dès le bord, ça plonge en pente plus ou moins douce, confirme mon invité. On peut rencontrer des marches parfois prononcées selon le profil qui s’est façonné sur le fond avec le temps.» Avant toute chose, Jean-Pierre explore donc ce fond méticuleusement afin de trouver un secteur aussi plat et régulier que possible, sans déclivité prononcée, ce qui aurait pour effet d’entraîner son amorce vers le large. Il sonde donc du bord vers le large, mais aussi latéralement afin de déterminer la superficie globale exploitable. L’opération étant réalisée, la profondeur de base est matérialisée sur la canne. Ce repère est essentiel car il va le faire coïncider avec une réglette qui lui indiquera tous les mouvements d’eaux induits par l’ouverture et la fermeture des écluses au passage des bateaux. Il faut en effet changer la position du flotteur en fonction du niveau pour que l’esche évolue toujours au plus près du fond et du tapis d’amorce. Ce repérage n’est pas le seul puisque Jean-Pierre se sert également de l’environnement de la berge d’en face pour estimer la longueur globale de son coup dans la coulée.

Plusieurs montages de lignes très différents sont indispensables pour faire face à la diversité des situations qui vont se présenter dans une même sortie. Le pêcheur en canal doit être prévoyant.
Crédit photo : Olivier Wimmer

La position initiale du flotteur est notée mais Jean-Pierre doit le déplacer en permanence pour suivre les variations de niveau du canal.
Crédit photo : Olivier Wimmer

La science de l'amorce

Ce n’est pas un mythe : les Nordistes possèdent une véritable science de l’amorce. Jean-Pierre évoque la nécessité d’une recette adaptée, s’agissant de sa granulométrie et de sa couleur. La consistance de son mélange lui importe énormément. « Il ne doit pas être balayé par les coups de courant, mais ne doit pas non plus rester inerte sur le fond, précise-t-il. C’est un juste équilibre à trouver.» L’amorce est donc suffisamment lourde pour traverser la couche d’eau, se plaquer sur le fond et libérer particules et esches qui vont intéresser les poissons. Mélange d’éléments personnels et du commerce, elle contient des ingrédients clefs dont Jean-Pierre ne saurait se passer : fiente de pigeon fraîche évidemment, ainsi que terre et graines.

En bon Nordiste, Jean-Pierre prépare son amorce avec beaucoup de soin et l’enrichit évidemment avec de la fiente de pigeon.
Crédit photo : Olivier Wimmer

Du noir au beige

Même s’il utilise comme base une amorce prête à l’emploi, Jean-Pierre, qui en connaît les caractéristiques mécaniques et après plusieurs essais, a mis au point la bonne combinaison qu’il utilise du printemps à l’été. Il module la couleur en fonction de la clarté de l’eau, du noir au beige en passant par plusieurs nuances qu’il crée grâce à un colorant brun ou noir ajouté dans sa base brune. Avant de lancer ses grosses boules d’amorce pour créer un garde-manger susceptible de maintenir les poissons sur le coup aussi longtemps que possible malgré le passage des bateaux, Jean-Pierre réalise un tapis de terre de Somme, terre neutre et nuageante qui ne contient que quelques fouillis qui restent bien remuants car la terre, au contraire de l’amorce, n’est pas agressive. Ces quelques vers de vase vont rapidement être dévorés et les poissons pourront alors se focaliser sur l’amorce déposée sur ce tapis.

Depuis toujours, les pêcheurs du Nord sont passés maîtres dans l’art de pêcher les gardons qui peuplent leurs innombrables canaux.
Crédit photo : Olivier Wimmer

Pétillante

Les mouvements d’eau contraignent Jean-Pierre à surveiller le travail de son amorce qui se traduit en surface par des pétillements plus ou moins importants certes, mais toujours présents du fait de la proportion de graines oléagineuses moulues. En gardant toujours un œil là-dessus, Jean-Pierre parvient même à anticiper l’arrivée d’un bateau avant que le flotteur subisse l’accélération du courant qui décale en effet les pétillements de l’amorce de quelques dizaines de centimètres…

Grâce à sa réglette immergée à proximité, Jean-Pierre garde toujours un œil sur les variations de niveau.
Crédit photo : Olivier Wimmer

Prévoyant

Lorsque les coups de courant ont vraiment été trop importants et surtout répétitifs, la zone peut finir par être balayée et Jean-Pierre est alors contraint de recharger en amorce. S’il ne s’agit que d’un simple rappel d’entretien, il utilise la coupelle. Si, au contraire, il sent que le coup est totalement vide, il n’hésite pas à relancer de l’amorce à la main, ne serait-ce que pour faire du bruit et rameuter les poissons qui ont pu s’écarter franchement. En raison de ces changements fréquents de profondeur et de vitesse du courant, Jean-Pierre est contraint de prévoir plusieurs montages de lignes. Flotteurs de forme différente mais aussi réagencement de la plombée sont indispensables. Passer de moments où le courant est très lent voire nul, à d’autres où il est fort, parfois même très violent, l’oblige à jongler avec ses montages pour continuer à enregistrer des touches. Jean-Pierre prévoit un panel de lignes diverses, depuis une carotte hyper-sensible à une boule volumineuse qu’il peut bloquer sans mal au plus haut des poussées.

Les lignes de Jean-Pierre
Crédit photo : Max Himelsa

La présentation

La pêche du gardon est reine dans les canaux et, quelle que soit leur taille, ils ne succombent qu’à une esche bien présentée et un équilibrage parfait. Le corps de ligne est assez fort (voir dessins) pour supporter les changements de position répétés du flotteur et de la plombée. Au sujet de cette dernière, Jean-Pierre varie aussi la taille de son plomb de touche afin de garantir une présentation parfaite. Plus grosse si le courant pousse fort et plus petite lorsque l’eau est calme.

Ce qu’on appelle une belle pêche de gardons. Bravo, Jean-Pierre !
Crédit photo : Olivier Wimmer

 

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