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Salmonidés d'Andorre, que la montagne est belle

Crédit photo Fabrice Chassaing

Partout dans le monde, dès que le relief s’élève, la présence humaine se fait moins forte et les biotopes sont moins affectés par nos activités. Ainsi, les montagnes constituent souvent des milieux naturels préservés et magnifiques, mais ils sont aussi, par définition, plus difficilement accessibles. Car, bien sûr, il faut d’abord être capable de monter et ensuite d’y rester, car s’y installer, ne serait-ce que pour deux ou trois jours, est beaucoup plus compliqué qu’en plaine… La principauté d’Andorre a fait le choix de rendre ses hautes montagnes accessibles au commun des mortels et, parmi eux, les pêcheurs qui seront ravis d’en profiter.

Depuis de nombreuses années, le gouvernement d’Andorre développe son potentiel tourisme en misant sur la beauté du massif pyrénéen au cœur duquel ce petit État se niche, entre France et Espagne. Il autorise ainsi les déposes en hélicoptère en montagne à des fins touristiques, alors que ce type d’activités est strictement réglementé, voire totalement interdit en France par exemple. Cela rend accessible bien plus facilement les innombrables lacs de montagne qu’abritent les Pyrénées. Au départ du Pas de la Case, des rotations rapides à bord de petits hélicos type Eurocopter EC135 B3 (les descendants des célèbres Écureuil) déposent pêcheurs, guide et matériel entre 2500 et 2800 m d’altitude en moins de dix minutes. Toujours dans l’optique d’étendre l’offre touristique, bon nombre de ces lacs ont été empoissonnés. Si beaucoup d’entre eux sont trop petits, pas assez profonds ou même finissent par s’assécher totalement en été pour accueillir de façon durable une population piscicole, une bonne quarantaine de lacs abritent de magnifiques poissons sur le territoire andorran.

Notre hélico arrive, c’est le début de l’aventure.
Crédit photo : Fabrice Chassaing

Truite fario et omble de fontaine

Peu de poissons sont capables de vivre, de se développer et de se reproduire dans des milieux aussi pauvres et rudes que les lacs de montagne établis à plus de 2000 m. D’ailleurs, la grande majorité d’entre eux était totalement vierge avant les introductions. La truite fario (Salmo trutta) parvient à y survivre et à y atteindre des tailles respectables (plus de 50 cm et 2 kg) mais présente souvent des difficultés à s’y reproduire. Ce n’est pas le cas de l’omble de fontaine (Salvenilus fontinalis), qui semble retrouver à ces hauteurs les conditions froides et inhospitalières des hivers couplés aux étés courts de sa région native, le Nord-Est du continent américain. Il s’y reproduit très bien, en frayant généralement dans la seconde quinzaine de septembre, sur les sables et graviers propres à l’arrivée des nombreux petits ruisseaux qui se jettent dans les lacs. On notera également la présence de vairons, qu’on observe fréquemment en petits groupes naviguer prudemment en rasant les berges. Ils présentent l’intérêt de constituer un apport supplémentaire de protéines, notamment pour les truites, mais ils ne sont pas toujours les bienvenus, car ce sont aussi de grands ravageurs de frai. Ils sont d’ailleurs considérés comme nuisibles par les autorités andorranes, qui organisent des campagnes de prélèvement (avec des petites nasses en berge) afin de diminuer les populations.

Les lacs offrent la possibilité de toucher des ombles magnifiques.
Crédit photo : Fabrice Chassaing

Bivouacs en montagne

Accéder à un lac de montagne à pied ou en hélicoptère est une chose, s’y installer ne serait-ce que pour quelques jours pour profiter de journées complètes de pêche en est une autre. Car la montagne reste un milieu très particulier, parfois hostile, avec notamment des nuits très froides même en plein été. Il n’est pas prudent de tenter l’aventure seul si on n’est pas aguerri à ce type de pratique mais il est plutôt conseillé de faire appel aux services d’un guide professionnel. Pour cela, Michel Andrieu (et sa société Paradis Pêche) travaille en relation avec les autorités andorranes afin d’organiser une bonne dizaine de bivouacs en montagne chaque été depuis presque quinze ans. Il maîtrise donc parfaitement toute la logistique nécessaire à l’organisation de telles expéditions, depuis le rendez-vous au Pas de la Case, la gestion des rotations en hélicoptère, le matériel nécessaire à l’établissement d’un camp de base à 2600 m, jusqu’au ravitaillement pour un petit groupe de quatre à cinq pêcheurs. Les bivouacs sont généralement établis pour trois jours. Les sites sont choisis pour permettre aux pêcheurs de rayonner à pied vers plusieurs lacs qui sont situés à des distances nécessitant de quelques minutes à deux heures de marche. Bien entendu, là, on ne marche pas sur du plat, et il faut être capable « d’avaler » quelques centaines de mètres de dénivelé en montée et/ou en descente, puisqu’il y aura un aller… et un retour. Rien d’insurmontable toutefois, Michel s’adaptera au rythme des moins sportifs ; de plus, les arrêts sont nombreux tant les points de vue et les paysages sont magnifiques à observer et à photographier…

Les campements sont installés juste en bordure de lac
Crédit photo : Fabrice Chassaing

Les lacs d’altitude

Tous ces lacs sont généralement à taille humaine, et on peut, même en pêchant consciencieusement, en faire le tour en une paire d’heures ou une demi-journée. Certains sont profonds de plusieurs dizaines de mètres, d’autres n’excèdent pas deux mètres maximum. Ces derniers sont souvent fortement enherbés avec des algues type Callitriche ou Hippuris (pesse d’eau). Ce phénomène de développement des hydrophytes dans les lacs d’altitude est plutôt récent et probablement lié au changement climatique global. Difficile de dire s’il est finalement positif ou pas pour l’épanouissement des populations piscicoles, mais ce qui est certain, c’est que les lacs changent d’aspect. Qu’il y ait présence d’herbiers ou non, l’eau de ces lacs est toujours parfaitement limpide, ce qui devient rare dans nos cours d’eau de plaine. La visibilité atteint parfois plusieurs mètres ; on peut donc souvent distinguer des poissons avant de commencer la pêche. Ceci peut inciter à un excès de confiance, mais il faut toujours penser à se soustraire à la vue des poissons, car nous approchons là des salmonidés qui restent des poissons craintifs et rapidement inhibés s’ils sont mis en alerte. Pour cela, il faut toujours avoir à l’esprit sa position par rapport au soleil (ombre portée) et ne pas hésiter à faire les premiers lancers sur chaque nouveau poste en restant plusieurs mètres en retrait de la rive.

Il est nécessaire de vadrouiller dans la montagne pour rejoindre de nouveaux plans d’eau, mais l’exercice physique reste accessible au plus grand nombre.
Crédit photo : Fabrice Chassaing

La pêche

Moyennant l’achat d’une licence de pêche qui peut être temporaire, quasiment toutes les techniques de pêche sont autorisées dans ces lacs d’altitude andorrans. Que ce soit la pêche à la mouche bien sûr, mais aussi toutes les pêches aux leurres et même les pêches aux appâts naturels comme la teigne ou le ver de terre. Seule l’utilisation des vairons est interdite, qu’ils soient morts ou vivants. Chaque pêcheur, qu’il soit plutôt moucheur, « toceur » ou lanceur, trouvera son bonheur et pourra prendre des poissons en utilisant la stratégie qu’il affectionne le plus. On a généralement affaire ici à des poissons moins chipoteurs qu’en plaine, parce qu’ils sont moins sollicités d’une part, mais aussi parce que l’été étant très court en montagne, les poissons se nourrissent plus que de raison aux beaux jours, car ils sortent d’un long hiver et savent que le prochain sera tout aussi long… On pense notamment aux ombles de fontaine, réputés pour monter goulûment sur toutes sortes d’imitations d’insectes, même posés sans grande discrétion. C’est une situation idéale pour un pêcheur ne maîtrisant pas parfaitement la technique de la pêche au fouet et qui pourra assurément prendre confiance avec ces poissons, très nombreux et plutôt faciles. Toutes les arrivées dans les lacs des nombreux rus et rigoles d’eau froide descendant des reliefs sont des zones à prospecter en priorité, car les ombles y trouvent fraîcheur et oxygène, qu’ils affectionnent énormément. Les truites peuvent également monter sur une mouche, mais j’en ai clairement pris davantage en pêchant avec des petits leurres assez denses qui permettent de descendre rapidement dans 4, 5, 6, voire 10 m d’eau et de les provoquer au sein même des structures rocheuses profondes où elles se tiennent souvent. Pour cela, les cuillers ondulantes et les lames vibrantes de 6 à 8 cm n’ont pas leur pareil. Les poissons nageurs plongeants ou suspending de 70 à 90 mm sont également très efficients. À noter qu’après une belle journée d’été ensoleillée, la tombée de la nuit et le crépuscule sont particulièrement favorables à la capture des très grosses truites, qui se rapprochent du bord pour y chasser les vairons ou les petits ombles. Ces vieilles truites sont très méfiantes, et il faudra savoir rester très discret pour espérer les tromper.

Un bel omble pris par l’auteur.
Crédit photo : Fabrice Chassaing

La saison

La saison de pêche en haute montagne commence mi-juin pour se terminer fin septembre. Le début de saison est habituellement très bon, car les poissons sont affamés dans les lacs qui sortent à peine du dégel. La montagne a un charme tout particulier à ce moment de l’année, parce qu’elle abrite encore de nombreux névés, ce qui la rend particulièrement belle. Mais plus on s’approche de la fin de saison, plus la livrée des ombles de fontaine devient spectaculaire. Cette espèce est connue sous le nom de truite mouchetée dans sa région native du Canada, ou tout simplement « la mouchetée », pour faire référence aux points roses, jaunes et rouges ourlés de bleu qui ornent ses flancs. Ces parures la rendent déjà magnifique en temps « normal », mais lorsqu’elle adopte sa robe nuptiale à l’approche des périodes de reproduction fin septembre, elle devient alors proprement sublime. Son ventre se couvre d’un coloris rouge orangé intense, les nageoires et la caudale rougissent également, et toutes les nageoires inférieures sont soulignées par un liseré blanc laiteux très profond. L’ensemble en fait très clairement un des plus beaux salmonidés du monde et, personnellement, c’est pour cette raison que je privilégie la fin de saison pour ce type de pêche. Attention toutefois à la situation météorologique, car, bien entendu, plus on approche de la fin de saison, plus les conditions sont froides et rendent le bivouac d’altitude moins confortable… Quelle que soit la période que vous choisirez pour vous rendre sur ces lacs d’Andorre, vous y prendrez un plaisir intense et très particulier. Une simple rotation d’hélico de quelques minutes nous fait changer de monde, nous fait « quitter la civilisation », comme dit Michel. Et c’est vrai qu’on a le sentiment de vivre une petite aventure ; c’est une vraie coupure, une vraie respiration, et pas seulement parce que l’air de la montagne est pur...

Ces salmonidés sont des poissons farouches, il faut donc faire preuve de discrétion dans son approche des postes
Crédit photo : Fabrice Chassaing

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