Publicité

Édito du mois de mars

0
0 avis
AU MILIEU DU PONT

Par la grâce de son excellent papier, revisitant le coup du soir, Jacques Rosen met l'accent sur ce que la pêche peut révéler d'incroyablement excitant, de presque transcendantal dans certaines circonstances. Les carnassiers sortent enfin de leur torpeur, en fin de journée, la pénombre gagne peu à peu, et tout, dans le silence apaisé de la nuit proche, devrait incliner au calme et à la contemplation. Et pourtant le pêcheur se retrouve lui-même embarqué, en bout de chaîne, presque à son insu, dans un accès fiévreux de folie prédatrice. On n'y peut rien, c'est inscrit au plus profond de chacun de nous, cela relève du pur instinct. Le poisson se met en chasse et, dans l'instant, comme électrisés, nous y sommes aussi.

Dans ces minutes exceptionnelles, chacun de nous l'a ressenti, la pêche confine à la magie. La fraîcheur descend, la nature est en robe de chambre, silencieuse, mais le moindre claquement d'une caudale en surface nous fait tressaillir. la concentration est extrême, toute entière portée vers ce leurre qui brise le miroir exactement là où il faut. L'attaque est instantanée. Comme dans les rêves. "You may say, I'm a dreamer, chantait John Lennon, but I'm not the only one".

Ces moments-là restent à jamais gravés dans notre mémoire. Comme vous, j'en conserve quelques uns. Beaux, précieux, lointains pour certains dans l'espace et dans le temps. Car la magie de la pêche peut se manifester n'importe où, au compte-gouttes certes, mais c'est bien la rareté qui fait la valeur, par petites touches successives, comme l’œuvre d'un peintre impressionniste. Avoir la chance de voyager y ajoute beaucoup, j'en conviens, conscient que cette chance n'est aps donnée à tout le monde.

Malgré cela, si je devais dévoiler encore aujourd'hui mon coin de pêche préféré - nous l'avons fait souvent dans La Pêche et les poissons -, je pencherais sans doute vers mon cher lac de Saint-Cassien. Parce que j'y ai vécu, avant que parler de pêche ne devienne ma profession, avant de découvrir le vaste monde, quelques unes de mes plus belles sensations, marquées justement du sceau indélébile de la magie pure. Magie qui ne devait rien, pour le coup, à un quelconque exotisme mais bien à l'attrait de la découverte, au bonheur de la simplicité : un lever de soleil, un oiseau qui s'effraye et s'envole, un brochet qui attaque...

A mes yeux, ces fameux instants - je veux dire ceux que j'élève réellement au rang de magie - ne peuvent être que solitaires, en tout cas intérieurs, ressentis plus qu'exprimés, contenus. Je ne les range pas dans la même catégorie que les souvenirs , si formidables puissent-ils demeurer, que l'on engrange avec une bande de copains en vadrouille, quand la pêche marche bien. Il n'empêche, reconnaissons que ces souvenirs, disons "collectifs", colportent eux aussi leur content de charme, de bonne humeur et de sincérité. J'en veux pour preuve le reportage ramené du Québec que nous proposons dans ce numéro. J'espère qu'avec l'évocation de cette petite virée outre-Atlantique, vous trouverez quelques idées capables justement... de vous les changer !

Le coup du soir, la magie de la pêche, les voyages, voilà bien des considérations qui échappent sans aucun doute à tous ceux qui, traversant un pont, ne s'arrêtent jamais pour repérer un ombre en maraude, un chevesne au ras de la pile ou un troupeau de hotus tapis sur les galets. Au XXIe siècle, pour s'arrêter au beau milieu d'un pont, il faut être candidat au suicide ou poète. Ou pêcheur.

PASCAL BACOUX

0 avis
Commenter
0
Inscription

les news

Pages

Rendez-vous

< septembre 2019 >
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
26 27 28 29 30 31 1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 1 2 3 4 5 6
Tout voir

Facebook / rejoignez-nous !

Articles les plus lus

La boutique

Newsletter

bloc-newsletter-ppo.jpg