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Edito du mois de décembre

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ROCCO ET SES FRÈRES

Monsieur Peyrot, un de nos fidèles abonnés, m'a récemment fait part de sa fascination pour le brochet. Nul doute qu'il trouvera, dans les pages qui suivent, matière à assouvir un peu plus cette noble passion, notre dossier de ce mois étant consacré aux leurres capables de faire craquer celui qui est encore, à ce jour, le carnassier favori des pêcheurs français. Mais il tenait surtout à me dire, de façon tout à fait amicale, son embarras, estimant que je milite pour le no-kill de façon trop insistante, en particulier pour les poissons-trophées. Seul ce dernier point semble le chiffonner car il reconnaît, par ailleurs, relâcher ses prises de façon régulière, ayant même fixé sa maille personnelle à 75 cm, ce qui mérite d'être souligné. Mais, considérant qu'on ne pique pas un brochet miraculeux tous les quatre matins, il ne voit pas de réel dommage à le conserver. Monsieur Peyrot m'a peut-être mal lu. Il faut bien comprendre que mon vibrant plaidoyer de juillet dernier ne concernait que le bar, en aucun cas le brochet. Relisez l'article de Franck Ripault, publié dans notre numéro du mois d'avril. Le discours était très clair : si rien n'est entrepris, et vite, l'espèce est en grand danger, menacée par la prédation excessive des pêcheurs, plaisanciers et professionnels confondu. Et, si un bar de 5 kg est un géniteur dans la force de l'âge, un trésor qu'il faut donc préserver, un énorme brochet n'est en fait qu'une vieille femelle stérile. Rocco Siffredi d'un côté, Madame Bettencourt de l'autre en quelque sorte... Je partage donc l'avis de notre lecteur et tous les gestionnaires confirment que débarrasser un plan d'eau d'une très grosse femelle, qui consomme plus qu'elle ne produit, est un acte utile pour le renouvellement des populations. La protection de l'espèce est ailleurs. Elle tient - pour partie, car je ne saurais oublier la problématique liée aux milieux, bien entendu - dans la prise de conscience des pêcheurs amateurs qui, comme notre lecteur, apprécient ce poisson pour sa beauté et sa défense, pour le plaisir de sa pêche donc, bien plus que pour un intérêt culinaire somme toute assez discutable. Ma position a toujours été très claire, invitant à placer chacun devant ses responsabilités. Je pense qu'il est sain de relâcher le plus souvent possible les quelques sandres, brochets, black-bass ou perches que chacun de nous capture dans sa saison, sans jamais s'interdire d'en prélever un de temps à autre. On ne sait jamais, votre belle-mère ou le président Giscard d'Estaing peuvent toujours débarquer à l'improviste ! Je ne suis pas naïf, il y a une marge à faire pâlir d'envie un responsable de la grande surface entre vœu pieux et réalité. Je n'ignore pas que le marché du congélateur a encore un bel avenir devant lui. Que voulez-vous, c'est ainsi, nous sommes au XXIe siècle, les tricheurs ont le vent en poupe. Même les All Blacks s'y mettent, alors... Quant à l'argument de notre lecteur avançant qu'il est facile pour nous autres, journalistes halieutiques, de relâcher les énormes poissons que nous pêchons chaque semaine, puisque nous sommes au bord de l'eau 365 jours par an, j'aimerais tellement... qu'il soit vrai ! Si je passais l'année entière dans mes bottes ou mes waders, je me demande bien quelle épaisseur et, surtout, quelle allure aurait le magazine que vous tenez entre vos mains, cher Monsieur Peyrot. Sans doute n'aurions-nous même plus l'honneur de vous compter parmi nos abonnés. Avouez que ce serait dommage...

PASCAL BACOUX, RÉDACTEUR EN CHEF.

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