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Edito du mois de juillet

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LE PÉCHÉ DU PÊCHEUR

Plusieurs espèces, de celles dont on parle peu, sont à l’honneur dans ce numéro d’été. J’évoquais le mois dernier la sympathie que j’éprouve pour le mulet, que je pistais activement, il y a bien longtemps, dans les bassins du port du Havre. Une école de finesse et de discrétion irremplaçable ! Grâce soit donc rendue à l’ami Ripault de rappeler ce que sa pêche, ô combien subtile, et de quelque façon qu’on l’aborde, peut révéler de passionnant. Ce poisson étant toujours abondant sur nos côtes, de belles heures de pur plaisir halieutique attendent ceux qui voudront bien s’y frotter. À l’occasion, accorder quelques moments de répit à nos cibles habituelles – bar, maigre, daurade, pagre… – ne peut pas faire de mal ! Boule de méfiance, bombe de puissance : vive le mulet donc !

Mais quittons le bord de mer et rallions les hautes cimes des Alpes ou des Pyrénées pour nous intéresser, en compagnie de Marc Delacoste, au flamboyant omble de fontaine. Comme le mulet, mais pour des raisons différentes, cette espèce a laissé dans ma mémoire la trace onctueuse de merveilleux souvenirs. Je n’ai pas oublié la petite pointe de jalousie, bien compréhensible, exprimée par ce bon Marc apprenant que je partais pêcher ce bel omble au Chili. Il n’aurait pas fait bon laisser imprudemment traîner mon billet d’avion… Dans les lacs haut perchés de la cordillère des Andes, cadre somptueux qui en effet incline à bien des extases, j’ai pu juger sur pièce de la splendeur de ce salmonidé. Sa pêche n’est certes guère compliquée et l’animal vaut par son éclat plus que par sa méfiance ou sa défense. Un anti-mulet, en quelque sorte ! Mais comme ce dernier – Franck, Marc et moi-même sommes bien d’accord –, c’est à la mouche que sa quête se révèle la plus agréable.

Autre lascar rarement glorifié mais dont nous faisons dans ce numéro notre Poisson du mois : le hotu. Avec, pour ce qui me concerne ici encore, de lointains souvenirs, remontant en surface aussi sûrement qu’un frémissant cortège de mouches de mai parées pour l’envol. Je revois encore mon père et mon oncle pêcher ces « nases » à la mousse – non, je ne zozote pas : je n’ai pas dit à la mouche ! – dans cette jolie rivière bourguignonne qu’était – l’est-elle toujours ? – l’Armançon. Curieusement, les pêcheurs locaux appelaient ça des mulets, ce qui entretint longtemps une certaine confusion dans mon esprit. Mais non, ce profil d’ombre, ce museau proéminent, ces éclairs lumineux sur les galets, cette défense rugueuse… c’étaient bien des hotus, aussi nombreux qu’immangeables. Ceci expliquant sans doute cela…

Pour terminer, c’est aussi avec plaisir que nous retrouvons la carpe, une espèce que les pêcheurs au coup ont su s’approprier de brillante manière. La technique que dévoile Valérie Nadan n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle que mettaient à profit ces bandits si peu scrupuleux qui venaient massacrer mes chers mulets havrais pour alimenter quelques étals parisiens peu regardants sur la marchandise… Une grosse bouchée de pain malaxée – une boule de pâte aujourd’hui, mais sans le honteux grappin, bien sûr –, appât et amorce concentrés en un même point : le piège était – est toujours – imparable !

Mulet, omble, hotu, carpe… voilà un numéro d’été qui sent bon le poisson, la rivière, les vacances ! Une livraison qui fait la part belle à des espèces dont on espère vous donner l’envie de redécouvrir le charme de leur pêche respective. Tant pis si c’est un péché, comme disait le poète, car est-il plus bel hommage à rendre à nos chers poissons que d’avouer humblement l’irrépressible convoitise qu’ils suscitent en chacun de nous ?

PASCAL BACOUX

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