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Edito du mois de juin

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AH CA IRA, CA IRA !

Sans aller jusqu’à convoquer Saint-Just et Robespierre – n’est pas Jean-Luc Mélenchon qui veut ! –, je réfléchissais, en travaillant sur le long papier que nous consacrons à la pêche des poissons blancs aux leurres, à ce que peut signifier encore, de nos jours, le terme de noblesse… en m’en tenant à nos chers poissons, bien entendu. Longtemps, cette notion d’espèce noble alla de pair avec le seul intérêt culinaire de la bestiole. Se nourrir conditionnant l’acte de pêche, certains poissons n’inspiraient que mépris et indifférence. Chevesnes, brèmes, hotus pouvaient ainsi dormir tranquilles…

Mais, peu à peu, les mentalités évoluent, s’agissant de l’estime, du respect, de l’intérêt que nous portons à chaque espèce. Si aucun esprit sérieux n’oserait avancer de nos jours qu’un filet de barbeau peut égaler un tronçon de lotte, les choses ont bien changé si l'on considère les seuls critères de pêche sportive : méfiance, puissance, taille, pugnacité du combattant. Michel Tarragnat peut ainsi souligner qu’à poids équivalent, la défense d’un beau « cabot » se révèle finalement plus excitante que celle d’un sandre, sénateur mollasson et pourtant prédateur respecté. Je sais gré aux jeunes générations de balayer ces vieux clichés, de ne pas forcément penser beurre blanc ou quenelle en pêchant le brochet, de porter des casquettes plutôt que des chapeaux à plumes et de mettre à l’honneur certaines de ces espèces trop longtemps reléguées en Ligue 2. Dans la mesure où l’on consomme de moins en moins des poissons de moins en moins consommables, les paramètres purement halieutiques prennent désormais le pas pour signifier non pas la noblesse – ce sera notre révolution, abandonnons ce mot sans regret… – mais la qualité d’un adversaire, la véritable beauté d’un coup de ligne.

J’ai déjà raconté ici l’effroi que manifesta un jour un de nos anciens collaborateurs quand Pierre Poupart, notre photographe historique, émit l’idée de déguster un black bass. Que n’avait-il pas osé dire là ! Notre ami n’éprouvait pourtant aucun état d’âme à lever soigneusement les filets du sandre qu’il rapportait de temps à autre à la maison. Mais un black, enfin !

Chacun porte au pinacle le poisson qu’il veut bien en fonction de ses goûts, de son histoire, de sa culture. Nombreux sont les pêcheurs au coup, par exemple, à ne pas supporter que l’on pique une belle tanche sur une ligne à vif. Et que penser de ces siluristes, qui d’un côté acceptent sans broncher que l’on protège l’anguille en ne l’utilisant plus comme vif – et ils ont raison, évidemment – mais par ailleurs n’hésitent pas, pour s’approvisionner, à grapiner de manière assez pitoyable dans les bancs de mulets du petit Rhône ? C’est ainsi, j’ai conservé une certaine tendresse envers ces poissons auprès desquels j’ai beaucoup appris quand je les traquais sans relâche dans le port du Havre, il y a bien longtemps. Je serais curieux de savoir ce que pensent ces mêmes pêcheurs de cette mode nouvelle qui consiste à capturer justement des petits silures d’une quarantaine de centimètres pour en faire des vifs dont leurs grands frères semblent effectivement raffoler ?

On aura compris que, pour ce qui me concerne, un poisson est un poisson et qu’aucun n’est ni plus ni moins noble qu’un autre. Chacun de ceux que j’ai eu la chance d’attraper m’a procuré cette émotion que nous recherchons tous et chacun d’eux mérite à ce titre mon égale gratitude.

Sur un autre sujet, vous trouverez dans ce numéro le portrait d’un homme attachant. Il se trouve que je connais Jean-Louis Bigot depuis presque aussi longtemps que les mulets du môle central ! Je n’ai pas oublié l’accueil que ce parfait gentleman me réserva lorsque, jeune journaliste encore hésitant, je débarquai pour la première fois en Irlande. Avec l’amitié que je lui porte depuis, et la sincère admiration que j’éprouve à l’égard de son parcours personnel et professionnel, j’avais sans doute quelque légitimité à rédiger moi-même cet article. Mais voilà, sur ce coup-là, David Gauduchon a été plus rapide que moi. Il a bien fait.

PASCAL BACOUX        

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