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Le cri d'alarme des ligneurs

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L'association des Ligneurs de la Pointe Bretagne lance un nouveau cri d'alerte. Les pêcheurs de bar sont touchés de plein fouet par la crise sanitaire du coronavirus. Ils sont une fois de plus désavantagés face aux chalutiers qui fournissent les grands groupes industriels... Plus de marchés, plus de restaurants, plus de cantines, plus de clients... Voici leur communiqué. 

NB, 24.03.2020

Coronavirus : la pêche en état d’urgence

La réalité dépasse la fiction… jamais dicton ne nous avait semblé si atrocement juste. Nous vivons depuis plus d’une semaine un scénario catastrophe dont la fin semble encore bien loin…

Les pêcheurs sortent d’un hiver qui a vu se succéder tempête sur tempête, les empêchant de sortir en mer, surtout pour les plus petits d’entre eux. Les ligneurs de bar sortent de la période de repos biologique synonyme pour la plupart d’entre eux d’absence complète de revenu, ainsi que d’une fin d’année compliquée du fait des restrictions sur le bar. Alors que la saison devait reprendre en cette deuxième quinzaine de mars, les trésoreries des entreprises sont tendues, et l’avenir incertain.

Nous avons assisté lors de cette première semaine de crise à l’effondrement de tous les marchés dont dépend notre filière : d’abord la restauration collective avec la fermeture des écoles, ensuite les restaurants, et puis enfin la poissonnerie de détail avec les mesures de confinement en cours. En ce début de deuxième semaine, l’annonce de l’interdiction nationale des marchés a le goût du coup de grâce porté à l’ensemble des producteurs et commerçants indépendants. Au contraire, pour l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution, c’est l’annonce d’un quasi-monopole et la perspective de juteux profits… De quoi vomir en ces temps douloureux. A propos d’industrie, nos pêcheurs regardent actuellement avec amertume les chalutiers industriels congélateurs toujours en mer au large du golfe de Gascogne. Quand toute la filière des petits producteurs et commerçants est contrainte à l’arrêt, nous assistons effarés à cette domination sans partage de l’industrie.

Pour tous les pêcheurs très fortement dépendants des marchés de la restauration et de l’export, et pour lesquels la période du printemps est cruciale, l’inquiétude est à son comble. En effet, ces marchés sont à l’arrêt total et leur redémarrage semble à ce jour très lointain.

Du côté des criées, certaines ont d’ores et déjà fermé, rendant quasiment impossible tout débarquement. Et du côté du commerce de détail, c’est le flou complet. Quand bien même les étals seraient fournis, la consommation de produits de la mer est au plus bas. Après les marchés, les poissonneries indépendantes sont en sursis, quand elles n’ont pas déjà fermé... Quant à la grande distribution, sera-t-elle prête à jouer le jeu et favoriser les poissons de pêche côtière, vendus entier généralement au lieu des produits transformés issus de la pêche industrielle ?

Dans ce contexte, l’avenir de nos entreprises est plus que jamais menacé. Les mesures déjà proposées par le gouvernement sont une première réponse mais seront-elles suffisantes pour permettre aux plus fragiles d’entre nous de passer la tempête ? Se pose aussi la question des assurances : dans un contexte de catastrophe sanitaire majeure comme celle-ci, il serait incompréhensible qu’elles n’interviennent pas !

Pour les pêcheurs, un dilemme se pose à eux : partir en pêche pour maintenir l’activité de la filière et risquer de travailler à perte, et même de voir son poisson partir à la poubelle ou rester à quai et dépendre des aides ? Envoyer des navires en mer sans aucune garantie que leur pêche trouvera preneur est le comble de l’absurde. A ce jour, la filière pêche est dans une absence totale de coordination et de concertation, alors que plus que jamais nous en avons besoin.

En même temps, contrairement à nos confrères paysans, la richesse que nous puisons de la mer reste en mer, et s’y multiplie. Ces temps de crise sont aussi un moment de repos pour les océans, certes malheureux pour nos pêcheurs, sur lequel il faudra capitaliser, plutôt que de vouloir « rattraper » le temps perdu.

Nous adressons enfin nos pensées aux familles endeuillées, aux malades, à nos soignants et tous ceux qui restent sur le pont en ces temps difficiles.

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