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Zoom sur la microfaune

Les petites et discrètes espèces d’invertébrés qui peuplent nos lacs et nos rivières sont d’une importance capitale pour le fonctionnement des écosystèmes. Coup de projecteur sur cette catégorie d’animaux, souvent très petits par la taille mais grands par leur intérêt.

Par leur diversité et leurs densités, les invertébrés qui vivent dans nos milieux aquatiques apportent souvent des informations très importantes sur l’état des écosystèmes et leurs évolutions. On rencontre en effet, au sein de cette microfaune, des profils, des comportements, des cycles biologiques étonnamment variés : il y a des détritivores quand d’autres sont carnivores, certains passent leur vie entière dans le milieu aquatique, pour d’autres cette période immergée n’est qu’une simple étape dans leur existence. Au milieu de tout ce petit monde, certaines espèces sont endémiques, d’autres invasives. En fait, tout ça est passionnant.

Les éphémères

Les éphémères peuvent être considérés comme de véritables fossiles vivants. Ce petit groupe de 3 000 espèces connues vient du Carbonifère, il y a quelque 300 millions d’années. La France en recense 141 espèces, regroupées en 16 familles, ce qui en fait l’un des pays les plus riches d’Europe. Les éphémères ont la particularité de muer deux fois au stade adulte, passant d’abord du stade aquatique à celui d’aérien. L’animal, appelé alors subimago, est à ce stade inachevé car il est encore stérile. Quelques heures plus tard, une seconde mue donne enfin naissance à ce qu’on nomme imago, c’est-à-dire l’insecte parfait. L’éphémère, qui est dépourvu de pièces buccales et de tube digestif, ne s’alimente pas mais vole dans le simple but de se reproduire. Ce groupe d’insectes fait preuve d’une incroyable diversité de comportements, de couleurs et de tailles. En France, l’espèce la plus connue est bien entendu la mouche de mai.

Les trichoptères

Un autre ordre est celui des trichoptères, très importants eux aussi pour les écosystèmes aquatiques car sources de nourriture pour nombre d’animaux (poissons, oiseaux, batraciens, mammifères). La France en compte près de 500 espèces, réparties dans 23 familles. Ce sont d’excellents bio-indicateurs de la qualité de l’eau. Cette sensibilité est hélas la cause majeure de leur régression sur les parties les plus amont des cours d’eau. Les larves, dont la majorité vivent dans de petits fourreaux formés de végétaux ou de grains de sable (on les appelle alors porte-bois ou traîne-bûche), sont très facilement identifiables, même pour un néophyte.

Les chironomes

Pour de nombreux pêcheurs, le terme chironome est synonyme de larve de moustique. En réalité, il n’en est qu’un proche cousin, d’apparence assez semblable, appréciant comme lui les eaux lentes voire stagnantes. L’une des différences les plus évidentes est l’absence de trompe puisque, à l’inverse des moustiques, les chironomes ne s’alimentent pas au stade adulte. Ces insectes forment la plus grande famille dans l’ordre des diptères, avec plus de 5 000 espèces réparties dans le monde, dont près de 400 sont présentes dans notre pays. Leur taille varie d’une espèce à l’autre sans s’éloigner généralement du centimètre. Les pêcheurs au coup connaissent très bien ces invertébrés dont ils utilisent les larves rouge vif, les fameux vers de vase. Ces animaux supportent les milieux pollués, pauvres en oxygène, et sont une source de nourriture essentielle pour de nombreux poissons.

Les plécoptères

Communément appelés perle ou mouche de pierre, on rencontrait déjà des plécoptères au Permien. On en connaît 26 genres, soit environ 800 espèces, en France. Leur taille peut aller de quelques millimètres à plusieurs centimètres pour les plus imposants, comme la grande perle, par exemple. C’est en raison de leur tête ronde que les plécoptères ont hérité du nom de perle. Leur cycle vital s’étend en moyenne sur une année. Ces invertébrés sont très sensibles aux pollutions organiques et ont de gros besoins en oxygène dissout, capté à travers leur exosquelette. Ce sont donc d’excellents bio-indicateurs. Les larves sont morphologiquement assez proches des imagos. Si la majorité est herbivore, certaines espèces sont carnassières et n’hésitent pas à se nourrir de larves d’éphémères. Ces insectes, dont certaines espèces sont équipées d’ailes trop courtes, volent en général très mal.

Les odonates

Les odonates sont un ordre lui aussi très ancien, vieux de plusieurs centaines de millions d’années. On y rencontre les zygoptères, sous-ordre comptant à lui seul près de 3 000 espèces. On les appelle aussi demoiselles en raison de leur corps très fin, de leur vol léger. Elles sont équipées de deux paires d’ailes, repliées durant les pauses. Le vol des adultes, souvent très colorés, s’étale d’avril à octobre. Le second sous-ordre, celui des anisoptères, englobe les véritables libellules au sens strict, caractérisées par leur vol rapide, un corps massif et leurs ailes ouvertes en phase de repos. À chaque stade de son évolution, la libellule est un prédateur redoutable, très opportuniste, et ne reculant devant rien. Au menu : invertébrés, batraciens et même poissons.

Les escargots

Les gastéropodes aquatiques sont très répandus dans les eaux douces et saumâtres de l’hémisphère Nord. Nombre de spires, taille, forme… leur coquille est très différente d’une famille ou d’une espèce à l’autre et demeure le meilleur critère d’identification, ce qui n’est pas le cas de leur couleur. Herbivores, détritivores, charognards, ce sont avant tout des opportunistes qui apprécient les algues, les matières organiques en décomposition et même certains cadavres. Leur radula, qui est une sorte de langue râpeuse multifonctionnelle, leur permet de brouter, détacher, lécher cette nourriture. Beaucoup sont équipés de poumons. Dans un milieu bien oxygéné, la peau des escargots aquatiques leur permet de respirer mais, en cas de manque, ils savent très bien remonter jusqu’en surface pour y prendre une bouffée d’air.

Les gammares

Les gammares sont des crustacés qui passent eux aussi toute leur vie dans l’eau. On trouve ces invertébrés de l’Équateur jusqu’aux pôles. S’ils se ressemblent tous beaucoup, il existe néanmoins de nombreuses espèces du genre Gammarus. Rien qu’en Europe, près d’une quarantaine de représentants ont été décrits. Ruisseaux, plans d’eau, grandes rivières de plaine et même milieux marins, ils sont présents presque partout grâce à leurs importantes facultés d’adaptation. Ils représentent une source de nourriture très importante pour de nombreuses espèces de poissons. S’ils sont aussi abondants, c’est en partie grâce à un régime alimentaire très rudimentaire. En parfaits détritivores, ils jettent leur dévolu sur les déchets organiques du fond des rivières. Végétaux, petits cadavres, tout leur fait ventre. Certaines espèces sont même de véritables prédatrices, comme par exemple Dikerogammarus villosus. Ce gammare, aujourd’hui invasif et communément appelé aussi crevette tueuse, a quitté son Danube natal pour envahir de nombreuses rivières, dont certaines de nos bassins français. Nos gammares sont très sensibles et leur présence renseigne sur la bonne qualité de l’eau d’une rivière. Dès lors qu’ils se trouvent en présence de certaines matières polluantes, ils cessent de s’alimenter et de se reproduire.

OPIE Benthos

En France, l’Organisme pour les insectes et leur environnement (OPIE Benthos) est une organisation qui s’est spécialisée dans la connaissance des invertébrés aquatiques. Elle continue d’inventorier plusieurs groupes d’insectes majeurs de notre réseau hydrologique. Cette structure contribue parallèlement à une meilleure connaissance ainsi qu’à la communication et à la formation concernant les milieux aquatiques. Renseignements : www.opie-benthos.fr.

Article publié dans le n°910 de La Pêche et les poissons, mars 2021.

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