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Hameçons simples contre hameçons triples : le verdict des statistiques

Pour des raisons d’ordre éthique, de plus en plus de pêcheurs de salmonidés équipent leurs leurres avec des hameçons simples. Certains parmi eux affirment qu’ils ne décrochent pas davantage qu’avec des hameçons triples, peut-être même moins ! Or, ce sont souvent des intuitions qui ont peu de valeur « scientifique ». Thierry Bruand tente de faire avancer le sujet à l’aide de statistiques et d’un protocole précis. Découvrons ces résultats… instructifs.

Je l’avoue, avant les investigations présentées dans cet article, j’appartenais clairement à la catégorie de ceux qui pensent que le triple est de loin l’armement le plus efficace pour capturer des truites farios en rivière. Je l’ai d’ailleurs souvent écrit dans ces colonnes. Mais c’était pour moi aussi une simple intuition, confortée il est vrai par une conversation que j’avais eue avec l’excellent pêcheur Gaël Even. Toutefois, en tant que journaliste halieutique, il fallait bien que je me penche sérieusement sur la question, au-delà des simples ressentis et des convictions diverses. J’ai donc établi un protocole rigoureux de tests.

Après avoir fait varier ses armements, Thierry est convaincu des avantages du simple pour les leurres durs.
Crédit photo : Thierry Bruand

Alternance d'armements

Le principe repose sur une alternance de lancers et de prospections avec un leurre identique (y compris le coloris) mais armé avec les deux options, simple et triple. Concrètement, à chaque contact avec une truite, j’ai changé le leurre. Un contact peut se traduire par un échec (une simple tape ou un décroché plus ou moins loin de la prise en main) soit par une réussite. C’est fastidieux mais j’ai marqué sur mon téléphone portable le résultat après chaque duo de contacts. Il a fallu éliminer un certain nombre d’éléments potentiellement perturbateurs pour les résultats.  Il y a d’abord « l’effet leurre » car rien n’indiquait que les résultats obtenus seraient identiques selon la catégorie de pièges utilisée. J’ai donc testé, à temps de pêche équivalent, poisson-nageur minnow coulant, cuiller tournante et leurre souple de type shad. J’ai également alterné, pour éviter « l’effet parcours », les types de rivières (et la pression de pêche) en retenant trois catégories : ruisseau/petite rivière, gros torrent et rivière de plaine très fréquentée. À dire vrai, je n’ai pas testé le shad en rivière difficile, j’ai estimé que les touches seraient trop faibles et les résultats peu significatifs.

Le leurre était gardé en bouche pour alterner plus vite à chaque contact. Une pratique déconseillée.
Crédit photo : Thierry Bruand

Ça pique

Pour chaque doublette de leurres, j’ai utilisé des hameçons avec ardillons de marque identique (VMC) et de standing équivalent que j’ai remplacés par des neufs après trois parties de pêche, le tout pour limiter « l’effet armement ». Je n’ai en revanche pas pu contourner un éventuel « effet saison » puisque mes quinze sorties de tests ont eu lieu entre le 1er septembre et le 10 octobre, une des meilleures périodes pour le leurre soit dit en passant. Elles ont constitué en tout environ 40 heures de pêche pendant lesquelles j’ai capturé exactement 89 truites farios sauvages de 17 à 40 cm dont 34 « maillées » supérieures ou égales à 25 cm. J’avais d’abord pensé prendre en compte dans mes résultats la question des truitelles (inférieures à 18 ou 20 cm selon le cours d’eau). En fait cela fut impossible puisque je pouvais comptabiliser les truitelles prises – il me suffisait de les mesurer – mais pas les truitelles manquées ! J’ai donc fait des statistiques toutes truites confondues.

Thierry a noté tous ses résultats de captures et d’incidents à chaque sortie sur son téléphone. Une démarche quasi scientifique !
Crédit photo : Thierry Bruand

J’ai aussi noté, le plus souvent possible, les bouclages (quand le fil s’entortille autour de l’hameçon) et les accrochages sur le fond ou dans la végétation. Même si l’analyse de ces résultats doit se faire avec toute la prudence nécessaire à ce genre d’entreprise, il est possible de faire trois constats principaux étayés d’un certain nombre de tentatives d’explication et de remarques diverses.

En grande rivière les touches sont rares et les farios de belle taille. Beaucoup de pêcheurs assurent le coup avec des triples... à tort ou à raison. 
Crédit photo : Thierry Bruand

Avantage au triple

Les hameçons simples classiques ne sont pas supérieurs aux hameçons triples, quelle que soit la catégorie de leurre utilisée. Je m’y attendais un peu. Cela provient probablement du fait que les triples, plus que les simples, peuvent « grapper » des poissons un peu n’importe où autour de la bouche. Ce qui arrive tout de même assez fréquemment avec les farios. Cela étant dit, il faudrait tester l’option assist hook qui peut améliorer légèrement les performances du simple, particulièrement au niveau des décrochages tardifs que je distingue donc des tapes avortées. Mais c’est là encore une simple intuition à vérifier éventuellement lors d’un prochain test.

Les paires de leurres armés différemment sont des grands classiques de la pêche de la truite. Poisson-nageur, cuiller et petits leurres souples.
Crédit photo : Thierry Bruand

Voleur sur leurre souple

L’armement d’un shad avec un triple est nettement plus efficace qu’avec un simple. Ce n’est pas une surprise, même si j’avais bien pris soin de faire ressortir l’hameçon simple le plus bas possible dans le corps du leurre. Contrairement aux vrais carnassiers que sont les sandres ou les brochets, la truite tape toujours très court sur le plastique. Il faut donc particulièrement soigner l’armement pour concrétiser le plus possible d’attaques. L’hameçon triple a été ici plus rentable puisqu’il est possible de le piquer vraiment à l’arrière du leurre. Le fait que mon armement soit un « triple voleur » a aussi pu influer sur les résultats, on connaît l’efficacité de ce montage où l’hameçon se détache du leurre pendant le combat. Pour être plus rigoureux, il aurait fallu que je teste un « simple voleur », mais j’avoue avoir fait, par le passé, quelques essais en réservoir dans ce sens, sans grande satisfaction.

Poisson-nageur muni de triples plantés dans la végétation. Le risque est moindre avec un hameçon simple... 
Crédit photo : Thierry Bruand

Simple sur leurre dur

La différence d’efficacité entre triples et simples est assez faible concernant les leurres durs. Il y a quatre poissons (toutes tailles confondues) d’écart sur 99 contacts de part et d’autre. Dans le détail, c’est en rivière de plaine à forte pression de pêche que le triple possède son efficacité la plus élevée (ratio de 1,33) contre 1,16 en torrent et une égalité parfaite en petit cours d’eau. Quoi qu’il en soit c’est plus bas que je ne le pensais et donc très intéressant, d’autant plus que j’ai eu l’impression que l’écart se réduisait proportionnellement à la taille des poissons.

Les bouclages sont un peu plus nombreux avec les triples. Ici sur une cuillère tournante. 
Crédit photo : Thierry Bruand

Avec un différentiel assez peu significatif, les avantages du simple qui sont vraiment nombreux plaident donc clairement en sa faveur : rangement facilité dans les boîtes, décrochages et remises à l’eau plus rapides et moins traumatisants, moins de risques d’emmêlement dans l’épuisette, dangerosité réduite pour le pêcheur et surtout accrochages et bouclages moins fréquents comme le montrent les résultats. Il se pourrait même que le temps gagné avec les simples permette de battre encore plus de terrain et d’attraper parfois quelques poissons supplémentaires, qui réduirait encore l’écart à peau de chagrin. Voilà de quoi peut-être revoir votre stratégie pour la préparation de la saison 2023. N’hésitez pas à nous faire part également de vos résultats et observations sur le terrain.

Agrafes sollicitées

Comme j’avais besoin d’alterner très rapidement les leurres, j’ai eu recours cette fois systématiquement à une agrafe que j’ai donc ouverte et refermée bien plus souvent qu’à l’accoutumée : 282 fois pour être précis sur mes 15 sorties. Un vieillissement accéléré ! Premier constat : les agrafes ultralégères fatiguent vite même quand elles sont de très bonne qualité. Pour gagner du temps j’ai opté dès le départ pour une agrafe à clip que j’utilise parfois au micro-souple J’ai donc observé précisément les qualités et inconvénients de cette forme d’attache avec d’autres catégories de leurres. Verdict : c’est très discret et vraiment ultrapratique (on pouvait s’en douter) mais moyennement fiable. J’ai perdu deux leurres, dont un minnow coulant qui est tombé alors que j’étais en train de le secouer énergiquement pour le détacher d’une branche. Je suis donc revenu à une agrafe plus classique pour les poissons-nageurs et j’ai conservé le clip pour les cuillères et les shads à plus faible coût.

La fameuse agrafe très souvent utilisée lors de ce test de terrain. Le changement se fait en un tour de main puisque ce n’est pas vraiment une agrafe mais plutôt un simple clip. Le modèle de chez Balzer est réputé et assez solide !
Crédit photo : Thierry Bruand

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