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Postes et alimentation : quatre stratégies pour mieux pêcher la truite

La truite possède des comportements bien spécifiques, qui varient au gré des saisons. Marc Delacoste nous en détaille quatre, sur la biologie et l’alimentation. Leur connaissance et leur compréhension vous permettront d’améliorer vos stratégies et résultats. 

Stratégie n°1 : jouer sur l'effet de surprise

Dans les longs courants homogènes, des lancers très rapprochés les uns des autres favorisent une identification rapide du leurre par les truites et cassent l’effet de surprise. À l’inverse, une prospection plus anarchique et des lancers espacés permettent de garder des chances d’attaque réflexe.
Crédit photo : Marc Delacoste

Comme de nombreux poissons possédant un instinct carnassier, la truite réagit souvent par réflexe face à une proie arrivant de manière soudaine dans son environnement immédiat. L’exemple typique, c’est un insecte qui tombe dans l’eau à côté d’une truite et qui déclenche un gobage réflexe. C’est aussi ce qui nous arrive avec les touches « à la tombée ». Il est intéressant de tirer profit de ce comportement réflexe en maximisant l’effet de surprise chaque fois que c’est possible.

Multiplier les lancers

C’est le cas avec les pêches incitatives au leurre ou au vairon manié. En rivière, il est fréquent de rencontrer des postes assez vastes, mais qui présentent une zone de touche évidente, correspondant à une tenue probable et assez précise de la truite. Malgré cela, et du fait de leurs dimensions conséquentes, le pêcheur aborde souvent classiquement ces postes par une succession de trajectoires destinées à les couvrir méthodiquement avant d’arriver au point chaud luimême. Plus les lancers sont rapprochés les uns des autres et plus on permet à la truite de percevoir le leurre ou le vairon au cours des trajectoires qui précèdent celle qui va couvrir la zone de tenue. Si le leurre est clairement perçu et identifié pendant le ou les lancers précédents, l’effet de surprise est désamorcé ! En revanche, si vous espacez les lancers et/ou que vous visez directement le point chaud, l’effet de surprise est maximisé. L’arrivée soudaine du leurre dans la zone de touche crée l’effet de surprise et augmente les probabilités d’une attaque réflexe. Cette règle est d’autant plus vraie que les postes sont ouverts, peu courants et sans turbulences. Car c’est dans ce genre de secteur que le leurre est perçu et identifié de loin.

Une prospection erratique

Dans toutes les situations où les zones de touche sont diffuses (lac ou un courant lent et homogène par exemple), on gagnera à pêcher avec des lancers espacés et une prospection plus « anarchique » que méthodique faite de lancers rapprochés. En revanche, dans les postes très courants, structurés par des obstacles et où courants et turbulences perturbent la perception du leurre à distance, le risque d’identification prématurée est plus faible. Des lancers et trajectoires plus rapprochées pourront donc tout de même déclencher ce fameux effet de surprise.

Stratégie n°2 : trouver le bon poste au fil des saisons

Lorsque les truites choisissent des courants pas trop rapides, comme en début de saison, elles les associent souvent à des profondeurs significatives dans lesquelles elles se sentent plus en sécurité. 
Crédit photo : Marc Delacoste

En eau courante, la truite adopte une stratégie alimentaire « postée », en sélectionnant un endroit précis où elle attend que le courant lui apporte des proies, le plus souvent des insectes qui dérivent dans les veines d’eau. Le courant joue donc un rôle essentiel, particulièrement sa vitesse qui est un paramètre fondamental dans le choix des postes de nutrition. La truite choisit cette vitesse par rapport à deux critères principaux : la bonne balance énergétique et les conditions du moment.

Dans l’eau réchauffée, les truites préfèrent les courants rapides, plus porteurs de proies. Et elles les trouvent alors souvent dans des profondeurs réduites. 
Crédit photo : Marc Delacoste

Le bon équilibre

Plus le courant est rapide et plus il lui apporte de proies et donc plus il est intéressant ! Mais il nécessite aussi plus d’énergie pour s’y maintenir. La question de la « balance énergétique » est donc primordiale dans le choix des postes de nutrition. Un courant lent peut être judicieux lorsque les proies sont suffisantes puisqu’il nécessite peu de dépense énergétique pour s’y poster. Tout comme un courant assez rapide, très porteur en proies, peut être sélectionné lorsque la truite a suffisamment d’énergie pour s’y maintenir. Évidemment, les interfaces veine d’eau lente / veine rapide constituent des postes de choix en offrant des gradients de vitesse où la truite peut choisir celle qui lui convient tout en faisant de brèves incursions dans des vitesses rapides pour intercepter les nombreuses proies qui y dérivent. Lorsque nous abordons une rivière, nous devons interpréter les différentes veines d’eau en fonction de leur vitesse. Tout en sachant que la profondeur est un autre paramètre important pour la truite, qui aime avoir une bonne couche d’eau sur le dos, sans doute pour être sécurisée. Lorsqu’elle sélectionne des vitesses lentes à moyennes, elle choisit souvent en même temps des profondeurs suffisantes pour se sentir en sécurité. Mais lorsqu’elle recherche des vitesses plus rapides, elle ne les trouve pas toujours dans des profondeurs suffisantes et peut alors se poster dans des courants peu profonds, situation typique d’été, lorsque les vitesses rapides sont le plus souvent associées à de faibles profondeurs.

La profondeur à laquelle évolue le leurre grâce à sa densité ou à la taille de sa bavette doit être adaptée à celle où se tiennent les truites.
Crédit photo : Marc Delacoste

Prende la température

Le métabolisme de la truite étant conditionné par la température de l’eau, elle sélectionne généralement des vitesses de courant plus lentes par eau froide et plus rapides par eau réchauffée, reflet de ses possibilités énergétiques du moment. Les postes utilisés par les truites varient donc fortement au gré des saisons et des conditions. C’est un paramètre à garder en tête lorsqu’on lit une rivière offrant de nombreuses tenues possibles. Toutes n’étant pas occupées en même temps, plus le cours d’eau est large et plus la lecture de l’eau et la phase de décodage est importante pour la réussite.

Stratégie n°3 : déterminer la taille de la zone de chasse

Les courants rapides transportent beaucoup de proies et sont donc très intéressants. Mais ils nécessitent aussi plus d’énergie pour s’y maintenir, et les truites les évitent donc en début de saison lorsque l’eau est froide. 
Crédit photo : Marc Delacoste

Nous l’avons vu précédemment, une truite en activité sélectionne une tenue relativement précise dans laquelle elle se poste et attend les proies apportées par le courant. Mais, même postée dans une zone précise, elle fait des écarts pour intercepter la nourriture qui dérive à sa portée. Ces écarts sont surtout latéraux et verticaux, mais parfois aussi en avançant un peu. L’ensemble de ces écarts dessine schématiquement la zone dans laquelle la truite va chasser. Toute proie qui passe dans cette « zone de nutrition » est examinée et peut être avalée. Celles qui passent à l’extérieur sont ignorées, nécessitant un déplacement trop important et donc trop de dépense énergétique. On comprend tout de suite les implications de ce comportement lorsque l’on pêche ! Pour espérer une touche, ce que nous proposons à la truite devra passer dans cette zone de chasse et surtout pas en dehors, que ce soit sur les côtés ou en hauteur. L’observation attentive des truites en activité montre aussi que leurs écarts pour intercepter une proie peuvent être plus ou moins importants. Ils sont parfois conséquents, jusqu’à un mètre voire plus, mais peuvent aussi être très réduits et limités à 10 ou 20 cm.

Sur les secteurs au courant plus lent, les poissons sont plus enclins à se déplacer pour attraper leur proie. La prospection peut être plus rapide en insistant toutefois sur les postes les plus marqués. 
Crédit photo : Marc Delacoste

Un périmètre variable

L’expérience montre que l’amplitude de ces écarts, et donc l’importance de la zone de nutrition, varie en fonction des conditions. Lorsque l’eau est froide par exemple, les déplacements sont souvent très réduits, aussi bien latéralement que verticalement. À l’inverse, lorsque l’eau atteint des températures plus favorables, les truites consentent à des déplacements plus marqués. Un autre paramètre pouvant influencer l’importance de la zone de nutrition est la vitesse du courant. Si la truite est postée dans un courant rapide, elle fait des écarts réduits pour ne pas s’éloigner de sa position préférentielle. Dans un courant plus lent en revanche, elle consent à des écarts plus marqués, certainement parce que les déplacements sont ici moins coûteux en énergie, mais peut-être aussi parce que le courant apporte moins de proies et qu’il faut donc optimiser le temps passé à s’y poster. Conséquence de ce comportement, plus la zone de nutrition est réduite et plus il faut pêcher précis. Avec un faible consentement à se déplacer, un appât ou un leurre a bien plus de probabilités d’être présenté à l’extérieur de la zone de nutrition et d’être ignoré. Insister, pêcher et prospecter méticuleusement permet de contourner ce problème.

Dans les eaux froides comme en début de saison, les truites se déplacent peu pour intercepter une proie et la zone de nutrition est donc réduite. La présentation doit être à la fois près du fond et près de la truite pour l’intéresser. Au toc, il faut donc plomber assez près de l’appât.
Crédit photo : Marc Delacoste

À l’inverse, lorsque la truite se déplace bien pour intercepter une proie, la zone de nutrition est plus grande et on peut se contenter de moins de passages pour bien couvrir un poste. C’est d’autant plus vrai si vous êtes précis et donc capable d’enchaîner des présentations complémentaires et non aléatoires et purement répétitives. Évidemment, il n’est pas facile d’estimer la taille de la zone de nutrition quand on pêche, afin de s’y adapter. Mais vous pouvez tenir compte des tendances liées à certains paramètres comme la température de l’eau (qui la réduit d’autant plus qu’elle est froide) ou la vitesse du courant du poste pêché (qui la réduit d’autant plus qu’elle est forte). On peut aussi tenir compte des premiers résultats de la partie de pêche. Si toutes les touches surviennent lors des premiers passages et qu’insister sur un poste n’en apporte aucune autre, cela signifie que la zone de nutrition est importante et qu’insister ne sert à rien. À l’inverse, des touches obtenues après plusieurs passages indiquent une zone de chasse réduite et doivent inciter à pêcher avec insistance, précision et très près du fond.

Stratégie n°4 : simuler la fuite

Les animations techniques basées sur des successions d’accélérations (jerking, twiching) jouent pleinement sur les stimuli provoqués par l’effet de fuite. 
Crédit photo : Marc Delacoste

Même si elles se nourrissent la plupart du temps de proies qui dérivent de manière passive dans les veines d’eau, les truites ont certains réflexes alimentaires qui démontrent un véritable instinct de prédateurs. C’est ce qui les incite à attaquer une proie qui montre des signes de fuite. C’est un point commun à quasiment tous les carnassiers et la truite ne le montre pas uniquement lorsqu’elle poursuit des poissonnets. Même un insecte qui s’enfuit, comme un sedge « courant » sur la surface en faisant un sillage, peut pousser une truite à l’attaquer.

Un vairon savamment dandiné évolue dans une succession de petites accélérations et de descentes en feuille morte. Quoi de mieux pour jouer sur l’effet de fuite et déclencher une attaque ? 
Crédit photo : Marc Delacoste

Jouer sur la vitesse

Il est bien sûr important de connaître ce comportement et plus encore de savoir l’utiliser. C’est évidemment avec les pêches incitatives que l’on peut le plus en tirer profit. Que ce soit au leurre ou au vairon manié, les animations combinant évolution lente ou présentation naturelle et accélérations soudaines misent pleinement sur ce réflexe déclenché par l’effet de fuite. C’est une des raisons de l’efficacité des animations techniques comme le jerking ou le twiching. Même un leurre évoluant de manière linéaire, comme la cuillère tournante, peut jouer sur l’effet de fuite en le faisant accélérer au bon endroit. C’est par exemple ce qui se passe quand on lui fait suivre une trajectoire courbe avec une accélération au niveau de la tenue supposée de la truite. Au leurre encore, dans les postes très localisés, une présentation naturelle et relâchée pour l’amener sur le poste, puis une reprise et un changement de trajectoire dès que leurre y pénètre ne fait pas autre chose que de miser sur cet effet de fuite pour déclencher une attaque. Mais d’autres techniques peuvent également en tirer profit. La pêche en nymphe notamment, avec une petite animation réalisée devant la truite, parvient souvent à déclencher une touche alors que des dérives inertes n’avaient auparavant rien donné. Les appâts naturels peuvent aussi être animés, comme le ver lorsque l’on prospecte en grande rivière, en retenant légèrement en fin de dérive. Cela ne doit pas devenir la norme, mais utilisé avec parcimonie et à bon escient, cela peut rapporter quelques touches. Il convient toutefois de rester mesuré pour inciter plutôt qu’effrayer, comportement le plus souvent déclenché par des animations trop amples et exagérée.

Postée entre les galets cette belle truite observe tout ce qui entre dans sa zone de chasse. Faites passer le leurre directement dans la zone.
Crédit photo : Marc Delacoste

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